OMC menacée d’effondrement à Yaoundé si aucun accord sur les réformes
OMC à Yaoundé : risque d’effondrement si aucun accord de réforme n’est trouvé
À Yaoundé, l’OMC débat des réformes après des perturbations du commerce mondial — impasse possible et risque d’un « effondrement désordonné » si aucun compromis n’est atteint.
Le coup d’envoi de la 14e conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), tenu à Yaoundé, s’est ouvert dans un climat d’inquiétude : face à des bouleversements économiques liés au conflit au Moyen-Orient et à la montée du protectionnisme, les membres s’efforcent de définir de nouvelles règles avant qu’un effondrement institutionnel ne rende le système commercial mondial irréconciliable. La directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, a averti que l’ancien ordre ne reviendrait pas et que l’organisation faisait face aux « pires perturbations des 80 dernières années ». Les débats portent sur la refonte d’éléments centraux du système, notamment le principe dit de « nation la plus favorisée » (NPF).
Ouverture de la conférence ministérielle à Yaoundé
La séance d’ouverture a fixé le ton : il s’agit d’un moment potentiellement décisif pour l’organisation. Les ministres et représentants ont exprimé un sens d’urgence inédit, rappelant que des mesures protectionnistes prises ces dernières années, notamment par les États-Unis sous la présidence de Donald Trump, avaient profondément remis en cause des arrangements multilatéraux longtemps considérés comme stables. L’objectif affiché est d’adopter des réformes susceptibles de restaurer la confiance et d’éviter une fragmentation durable du commerce international.
Accusations américaines et appel au nouvel ordre
Les représentants américains ont justifié les politiques commerciales agressives comme une réponse aux déséquilibres supposés du système actuel. Jamieson Greer, représentant au Commerce des États-Unis, a présenté ces mesures comme des « corrections » nécessaires et a indiqué que le statu quo était devenu « économiquement irréalisable et politiquement inacceptable ». Washington plaide pour des accords plus ciblés et flexibles — des coalitions de pays disposés à conclure des arrangements bilatéraux ou plurilatéraux — au lieu d’attendre des consensus au plus petit dénominateur commun.
Défense chinoise du principe NPF
Face aux critiques, la Chine a vigoureusement défendu le principe de la nation la plus favorisée, qui oblige à appliquer des tarifs identiques à tous les partenaires et régit aujourd’hui une large part du commerce mondial. Wang Wentao, ministre chinois du Commerce, a insisté pour que le traitement NPF reste le « fondement » du système commercial, mettant en garde contre l’ouverture d’une « boîte de Pandore » si les membres acceptaient des traitements différenciés. La position chinoise souligne le risque d’un éclatement des règles en cas d’abandon du cadre universel.
Position de l’Union européenne et risques de fragmentation
L’Union européenne, tout en soutenant la nécessité de réformes, a appelé à un réexamen du traitement NPF afin de mieux répondre aux défis posés par certains partenaires commerciaux. Maros Sefcovic, commissaire européen chargé du commerce et de la sécurité économique, a évoqué la possibilité d’un « cadre de règles plus flexible » comportant des accords entre groupes de pays. Le Royaume-Uni et plusieurs autres acteurs soutiennent un plan de travail détaillé, contrairement aux États-Unis qui restent réticents à s’engager sur une feuille de route précise. Le ministre britannique du Commerce, Chris Bryant, a mis en garde contre une dissolution désordonnée de l’OMC si les ministres ne parviennent pas à un accord.
Paralysie décisionnelle et scénarios d’effondrement
Le système décisionnel de l’OMC, fondé sur le consensus de l’ensemble de ses membres, a montré ses limites : des blocages répétés ont gelé les négociations multilatérales pendant des années. À Yaoundé, une fracture claire se dessine entre ceux qui veulent préserver un cadre multilatéral étendu et ceux qui prônent des solutions par groupes restreints de pays. Les observateurs internationaux évoquent désormais plusieurs scénarios : la réussite d’une réforme concertée qui modernise les règles, une évolution vers des accords plurilatéraux par affinité d’intérêts, ou, en cas d’échec, un « effondrement désordonné » où de nouvelles règles seraient imposées en dehors du cadre de l’OMC.
Les enjeux dépassent la seule gouvernance commerciale : une défaillance institutionnelle pourrait accélérer des mesures protectionnistes, nuire à la prévisibilité du commerce et fragiliser les chaînes d’approvisionnement mondiales déjà mises à l’épreuve par des conflits et des crises économiques. La conférence de Yaoundé doit aussi traiter des réponses aux préoccupations de réciprocité, d’accès aux marchés et de traitement des pratiques industrielles jugées déloyales, sans que ces débats ne dégénèrent en ruptures irréversibles du système.
La semaine de négociations à Yaoundé sera donc cruciale : les décisions prises, ou l’absence de compromis, détermineront si l’OMC peut se réformer pour rester le principal arbitre du commerce mondial, ou si des alternatives régionales et plurilatérales s’imposeront à la place. Les ministres disposent d’un délai court pour transformer les déclarations d’intention en accords concrets et éviter que des tensions politiques et économiques ne fassent éclater un cadre commun déjà profondément fragilisé.