un scandale immobilier à 50 milliards de dirhams qui dure depuis 70 ans
Quand prendra fin le drame judiciaire « Hay Cuba », un patrimoine considérable estimé à plus de 50 milliards ? Difficile à dire. Après des jugements validés en 1982 puis confirmés en 1989, l’affaire est toujours en cours devant la justice marocaine. Bien avant le décès de son propriétaire, un riche cubain, en 1982, les deux petites-filles de ce dernier avaient demandé en 1955 des mesures conservatoires concernant les biens hérités. Le tribunal civil de Casablanca rend une décision de justice en leur faveur. Décision confirmée en appel quelques années plus tard. L’avocat qui les défend deviendra l’un des principaux accusés.
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Après le décès du propriétaire cubain, un Français entre en scène. Il est présenté comme le gestionnaire désigné des biens par le grand-père décédé. Il est décédé en 1997. Son fils avait entre-temps fait l’objet d’un testament et était responsable de l’exécution de ses volontés. Selon les héritières, un accord avait été trouvé pour garantir leur avenir d’adultes. Mais l’affaire connaît un rebondissement en 2005. Les petites-filles apprennent qu’une autorisation a été délivrée à l’avocat français pour céder 50% des actifs en échange de 35 millions de dirhams. Ils assurent qu’ils n’en étaient pas conscients. De multiples opérations ont été réalisées sur plusieurs décennies : signature de contrats contestés, ventes réalisées par l’intermédiaire de notaires, mandats transférés d’une administration à une autre, mais aussi transactions conclues pour le compte d’intermédiaires.
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La commune de Rabat est également sur le banc des accusés. Selon les enquêteurs, elle aurait bénéficié d’un transfert effectué par le Français. La municipalité est soupçonnée d’avoir délivré une procuration au fils de l’avocat lui permettant d’opérer à son tour. Il aurait vendu un bien immobilier d’un milliard signé à Mohammedia au profit d’un investisseur casablancais. La somme aurait été remise au père, également mis en cause, révèle l’enquête.
Par la suite, l’affaire connaît un nouveau rebondissement. Le nom d’une Française, propriétaire d’une société immobilière à Marrakech, faisant l’objet d’un mandat de perquisition pour émission de chèques sans provision, est cité dans l’affaire. L’avocat est soupçonné d’avoir réglé ses dettes, en échange d’avantages liés à des biens volés. Ces transactions ont servi à couvrir des « commissions importantes » versées dans l’ombre, parfois régularisées par des décisions de justice, affirment les héritières.
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Depuis 2018, le juge d’instruction est saisi du dossier. Il poursuit les auditions. Plusieurs accusés brillent par leur absence aux audiences détaillées. De quoi retarder les investigations. Grâce à des documents originaux datant de plusieurs décennies, les héritières espèrent obtenir gain de cause.