une offre globale du Maroc pour le Sahara et les Canaries ?
Abandonner ses prétentions sur les Canaries et obtenir la reconnaissance de la marocanité du Sahara, la gestion de son espace aérien, la délimitation des frontières maritimes avec l’archipel et les droits sur le Mont Tropique. C’est l’offre faite par le Maroc à l’Espagne, trois semaines après le vote de la résolution de l’ONU sur le Sahara, validant le plan marocain d’autonomie de ce territoire, considéré comme base de négociation entre les autorités marocaines et le Front Polisario pour le règlement de ce conflit. “Il s’avère désormais que nous devons être reconnaissants au roi Mohamed VI de nous avoir aidé à consolider la souveraineté espagnole sur les Canaries”, ironise José Antonio Yturriaga, juriste spécialiste du droit de la mer. Pour lui et d’autres juristes espagnols, l’assimilation du Sahara occidental à l’archipel des Canaries semble flagrante.
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Cette offre, révélée par le média en ligne espagnol Atalayar, qui explique que l’objectif est de « formuler une proposition globale en vue d’un accord bilatéral » entre l’Espagne et le Maroc, a ensuite été relayée par plusieurs médias marocains. Mais cette offre est trompeuse, analyse Le confidentielsoulignant que le Sahara occidental n’est pas comparable aux Canaries et que même si certaines cartes montrent l’archipel comme faisant partie du Grand Maroc, les autorités marocaines et espagnoles ne remettent pas en cause la souveraineté espagnole sur les îles Canaries. Pour rappel, le Parlement marocain a adopté en 2020 une extension de la zone économique exclusive (ZEE) jusqu’à 200 milles, empiétant sur l’espace maritime des Canaries.
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En revanche, le Sahara occidental est un territoire non autonome en attente de décolonisation. Seuls les États-Unis depuis 2020 et la France depuis 2024 ont officiellement reconnu la souveraineté du Maroc sur cette ancienne colonie espagnole. De nombreux autres pays européens, dont l’Espagne en 2022, ont toutefois exprimé leur soutien au plan marocain d’autonomie au Sahara. Cette proposition marocaine a finalement été approuvée par le Conseil de sécurité des Nations Unies dans sa résolution 2797 adoptée le 31 octobre 2025. Mais soutenir ce plan marocain ne revient pas à reconnaître la marocanité du Sahara, nuancent les médias espagnols.
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Les autorités marocaines pensent le contraire. Selon eux, la résolution de l’ONU équivaut à une « reconnaissance internationale de la souveraineté » du royaume sur le Sahara. Il crée, avec la feuille de route hispano-marocaine de 2022, « un environnement propice à l’avancement des négociations bilatérales (avec l’Espagne) sur la délimitation maritime, l’extension du plateau continental, la prospection et l’exploitation sous-marines, le Mont Tropique et la gestion de l’espace aérien ». A noter qu’outre les Canaries, le Maroc revendique également les villes autonomes de Ceuta et Melilla, qu’il considère comme des territoires « occupés » par l’Espagne.