44 000 tonnes de blé indien contaminées par Liticia Indica mises en quarantaine
Crise du blé indien au Maroc : 44 000 tonnes en quarantaine après détection du champignon Liticia Indica
Crise du blé indien au Maroc : 44 000 t en quarantaine après détection du champignon Liticia Indica. Ventes, incinérations et appel d’offres pour réexportation.
Le Maroc fait face à une crise commerciale et sanitaire autour de 44 000 tonnes de blé indien importées il y a environ deux mois par deux opérateurs nationaux. Après le contrôle de la direction de protection des végétaux du ministère de l’Agriculture, un champignon identifié comme Liticia Indica a été détecté dans les cargaisons. Les autorités ont placé l’ensemble des lots en quarantaine et ordonné des mesures de destruction pour protéger la filière céréalière locale, déclenchant un bras de fer entre les importateurs, les acheteurs potentiels et l’administration.
Détection du champignon Liticia Indica
Les agents phytosanitaires ont signalé la présence de spores et de poussières contaminées dans les chargements. Les analyses ont mené à l’identification du champignon Liticia Indica, considéré comme potentiellement nuisible pour certaines cultures. Deux experts invités de Londres ont engagé des expertises complémentaires pour évaluer le niveau d’infestation et les risques sanitaires et agronomiques liés à l’utilisation du blé dans la chaîne alimentaire.
Mise en quarantaine à Jorf Lasfar et Casablanca
Les 23 000 tonnes gérées par l’importateur Kraimi ont été mises en quarantaine au port de Jorf Lasfar. Le reste de la cargaison, attribuée à Benzidia, a été retenu au port de Casablanca. Les inspections ont montré des différences d’infestation entre les lots : le blé entreposé à Casablanca présente essentiellement des traces de poussières à champignon, tandis que celui de Jorf Lasfar affiche un taux d’infestation évalué à 2 pour 1 000. Les autorités ont considéré ces constats dans leurs décisions de gestion immédiate.
Décision ministérielle : incinération graduelle
Par précaution et pour protéger les prochaines récoltes, le ministère de l’Agriculture a opté pour l’incinération progressive du blé contaminé. Les autorités ont fixé un rythme d’incinération d’environ 2 000 tonnes par jour pour le lot de Jorf Lasfar. Cette cadence répond à deux objectifs officiels : réduire le risque de propagation au sol et aux cultures, et permettre à la centrale thermique de l’ONE d’absorber une partie des volumes destinés à la destruction. Les pouvoirs publics ont maintenu une position stricte malgré les expertises indiquant une infestation limitée sur certains lots.
Réactions des importateurs et contestations commerciales
Les deux importateurs contestent la décision et invoquent la disponibilité d’un certificat phytosanitaire fourni par l’exportateur indien attestant de la conformité du blé. Les divergences ont engagé des procédures contentieuses. Kraimi a réussi à céder une partie de son lot à Tradigrain, un important chargeur international, pour 140 dollars la tonne. Benzidia, qui a reçu une offre à 135 dollars la tonne, a refusé en attendant l’ouverture d’un accréditif annoncée par son chargeur indien, qui n’est finalement pas intervenue. Le blocage commercial a conduit à l’accélération des mesures d’élimination pour les cargaisons restées invendues.
Appel d’offres de la FNAC et options de réexportation
Face à l’impasse, la Fédération nationale des activités céréalières (FNAC), affiliée à la CGEM, a organisé un appel d’offres international au siège de la CGEM à Casablanca pour faciliter la réexportation des volumes contaminés. La FNAC a privilégié une stratégie visant à limiter les pertes financières et à préserver la réputation du marché marocain auprès des chargeurs internationaux. La recherche d’acheteurs étrangers et l’obtention de certificats de conformité supplémentaires figuraient parmi les voies explorées pour éviter la destruction totale des 44 000 tonnes.
Conditions techniques et sécurité alimentaire
Les expertises ont conclu que, dans les conditions constatées, le blé pouvait être transformé par les minoteries sans risque pour la santé publique, le champignon ne survivant pas aux températures d’écrasement d’environ 70 °C. Toutefois, les transformations n’exonéraient pas la nécessité de décontaminer les moyens de transport et les équipements pour empêcher toute propagation. Les autorités ont donc insisté sur des procédures strictes de décontamination comme condition à toute libération ou réexportation possible.
La crise met en lumière les tensions entre sécurité sanitaire et intérêts commerciaux dans une filière céréalière désormais libéralisée. Les décisions administratives, les expertises techniques et les opérations de marché — ventes directes, refus d’offres et appels d’offres internationaux — ont déterminé l’issue partielle de l’affaire, avec des volumes déjà vendus et d’autres destinés à être détruits. La gestion des prochains dossiers phytosanitaires devra s’appuyer sur des procédures d’analyses renforcées, des garanties documentaires plus strictes et des mécanismes commerciaux prévoyant des recours rapides pour éviter des pertes financières significatives et préserver la confiance des partenaires internationaux.