Conseil de la concurrence propose d’ouvrir le capital des pharmacies aux non‑pharmaciens
Ouverture du capital des pharmacies au Maroc : le Conseil de la concurrence déclenche un vif débat national
Le Conseil de la concurrence recommande d’autoriser l’entrée d’investisseurs non‑pharmaciens dans le capital des officines, déclenchant l’opposition des syndicats et une clarification ministérielle sur l’absence d’une décision gouvernementale finale. (medias24.com)
Recommandation du Conseil de la concurrence
Le Conseil de la concurrence a rendu publique une recommandation en faveur d’une ouverture encadrée du capital des pharmacies aux investisseurs extérieurs, visant selon ses auteurs à moderniser la filière et à renforcer la concurrence sur la distribution du médicament. L’institution indique qu’une réforme, assortie de garde‑fous réglementaires, permettrait d’améliorer les capacités d’investissement des officines et d’accroître la professionnalisation de la gestion des points de vente. (medias24.com)
Arguments avancés pour l’ouverture du capital
Les partisans de la mesure font valoir plusieurs bénéfices potentiels : mutualisation des achats, investissements dans les technologies de gestion et de stockage, développement de réseaux susceptibles de garantir une meilleure disponibilité des produits et une possible baisse des coûts par effet d’échelle. Le Conseil souligne également la nécessité d’examiner des mécanismes de rémunération différents, axés sur l’acte pharmaceutique, et d’étudier l’impact de la réforme sur la fixation des prix. (pharmacie.ma)
Opposition des syndicats et pharmaciens
Face à ces propositions, les syndicats représentatifs de la profession et de nombreux pharmaciens expriment une forte opposition. Leurs objections se concentrent sur les risques d’érosion de l’indépendance professionnelle, la commercialisation accrue du médicament, la concentration des officines au profit de groupes capitalisés, et la possible dégradation de l’offre dans les zones rurales et défavorisées. Plusieurs organisations réclament le maintien d’un contrôle strict de la propriété par des pharmaciens et une garantie que le pharmacien conserve la responsabilité sanitaire de la dispensation. (lopinion.ma)
Position et message du ministère de la Santé
Le ministère de la Santé a été amené à clarifier sa position après la montée des inquiétudes : la réforme proposée par le Conseil de la concurrence fait l’objet d’études et de débats, mais n’a pas été adoptée comme orientation officielle du gouvernement. Les autorités ministérielles ont indiqué vouloir dialoguer avec les organisations professionnelles pour prévenir toute décision précipitée susceptible de déstabiliser le réseau d’officines. Cette prise de parole vise à rassurer les praticiens en l’absence d’acte réglementaire entérinant l’ouverture du capital. (fr.belpresse.com)
Risques pour l’accès aux médicaments et la régulation des prix
Les opposants mettent en garde contre des effets potentiels sur l’accès équitable aux médicaments : une concentration commerciale pourrait privilégier les zones urbaines rentables et réduire la couverture en milieu rural, tandis que la recherche de marges pourrait influencer les pratiques commerciales autour des produits non remboursés. Par ailleurs, la transformation du modèle de rémunération des officines et l’introduction d’acteurs financiers pourraient compliquer la régulation des prix et la transparence sur la chaîne d’approvisionnement. Les débats portent donc autant sur la sécurité sanitaire que sur l’équité territoriale. (laquotidienne.ma)
Garde‑fous proposés et calendrier possible
Pour éviter les dérives, le Conseil de la concurrence et certains observateurs avancent des garde‑fous : plafonnement des participations non‑pharmaciennes, conservation de l’autorité sanitaire du pharmacien titulaire, limitations du nombre d’officines par groupe, mécanismes de contrôle des prix et monitoring des implantations pour préserver l’accès dans les zones isolées. Le calendrier reste incertain : la recommendation doit encore faire l’objet de consultations approfondies et d’un examen législatif éventuel avant toute modification du cadre juridique. (ledesk.ma)
La réforme proposée suscite un débat structurant pour l’avenir de la pharmacie d’officine au Maroc : elle oppose la logique d’ouverture et d’investissement à la volonté de préserver la mission de santé publique confiée aux pharmaciens. Les prochaines semaines devront montrer si le dialogue entre pouvoirs publics, profession et autorités de régulation aboutira à un compromis technique et juridique, ou si la question sera renvoyée à un examen parlementaire plus large afin d’assurer des garanties robustes pour les patients et l’ensemble du système de santé.