ONU : Francesca Albanese dénonce une politique d’État de torture en Israël
Torture envers les Palestiniens: la rapporteuse spéciale affirme qu’Israël a adopté une « politique d’État »
La rapporteuse spéciale Francesca Albanese déclare que la torture contre les Palestiniens s’est institutionnalisée en Israël et appelle la communauté internationale à agir.
Francesca Albanese, rapporteuse spéciale chargée de la situation des droits dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, a présenté un rapport dénonçant ce qu’elle qualifie d’usage systématique de la torture et de pratiques assimilables à une politique d’État. Lors de son intervention au Conseil des droits de l’homme, elle a soutenu que des pratiques autrefois cachées sont désormais menées ouvertement et structurées au plus haut niveau politique. Le document, intitulé « Torture et génocide » dans ses passages les plus dénonciateurs, décrit un ensemble de mesures et de violences convergentes qui, selon la rapporteuse, traduisent une forme de punition collective contre la population palestinienne.
Accusation centrale du rapport
Le rapport avance que « la torture est effectivement devenue une politique d’État », formule reprise et soulignée par la rapporteuse lors de sa présentation. Plutôt que de se limiter à des actes isolés, l’analyse met en avant un cadre institutionnel et politique qui permettrait — par action ou par tolérance — que la souffrance infligée aux Palestiniens se répande et se normalise. Le texte insiste sur la responsabilité des autorités et sur la prétendue complicité ou le silence de gouvernements étrangers, qui, d’après Albanese, auraient permis la persistance de ces pratiques.
Dégâts systémiques et punition collective
Le rapport ne réduit pas la torture aux seules salles d’interrogatoire: il souligne que le cumul de déplacements massifs, du siège, du refus d’aide humanitaire et alimentaire, de la violence des forces militaires et de la pression des colons crée un espace de punition collective. Cette logique, écrit le rapport, fait de la destruction des conditions de vie un instrument de domination et de la violence un levier de contrôle ayant des conséquences physiques et psychologiques durables pour la population occupée. L’argument central est que la terreur quotidienne et la privation systémique contribuent à une forme de torture collective.
Statistiques sur les victimes et les détentions depuis octobre 2023
Le rapport inclut des bilans chiffrés sur les pertes humaines et les arrestations liées aux opérations et aux hostilités commencées le 7 octobre 2023. Il fait état de dizaines de milliers de morts et de blessés dans la bande de Gaza, et relève un nombre important d’arrestations en Cisjordanie occupée depuis le même point de départ. Le texte signale aussi une proportion significative d’enfants parmi les personnes détenues, et attire l’attention sur les conséquences sanitaires et sociales que ces chiffres produisent au fil des mois.
Réactions d’Israël et pressions diplomatiques
La publication du rapport a provoqué une réaction immédiate et virulente de la mission israélienne auprès des Nations unies, qui a qualifié la rapporteuse d’« agent du chaos » et l’a accusée de tenir des propos antisémites et de promouvoir des récits extrémistes. Des voix ont également demandé qu’Albanese soit démis de ses fonctions. Les critiques ciblent sa condamnation de l’action militaire et son usage de termes très forts tels que « génocide » dans le titre et l’analyse du document. En parallèle, d’autres capitales ont exprimé scepticisme ou réprobation, amplifiant la dimension diplomatique et politique de la controverse.
Appel à des mesures et enjeux juridiques
Face aux conclusions présentées, la rapporteuse a lancé un appel direct aux États membres pour « prévenir et punir » les actes de torture et pour respecter strictement le droit international. Elle a mis en garde que la tolérance à l’égard de ces pratiques mine la valeur même de la loi et risque d’affaiblir les mécanismes de protection des droits humains. Le rapport pose ainsi un double enjeu: juridique — en sollicitant enquêtes et responsabilités pénales — et politique — en demandant un réexamen des positions et soutiens internationaux afin d’empêcher la normalisation de ce qui est présenté comme des violations graves.
Les conclusions d’Albanese promettent de nourrir le débat international sur la responsabilité, la protection des civils et l’application des normes internationales. Elles relancent les questionnements sur les moyens diplomatiques et juridiques disponibles pour répondre à des allégations de cette nature et sur la capacité des institutions internationales à faire respecter les droits fondamentaux dans un contexte de conflit prolongé.