Cisjordanie : colons incendient villages, démolitions et évacuation d’Al‑Aqsa pendant l’Aïd
Violences en Cisjordanie : colons armés, démolitions et restrictions en pleine escalade régionale
En Cisjordanie, une hausse de violences: attaques de colons, démolitions, saisies de terres et restrictions humanitaires alors que le conflit s’intensifie.
Les territoires palestiniens de Cisjordanie ont été le théâtre d’une intensification des violences ces dernières semaines, avec des vagues d’attaques menées par des colons, des opérations militaires et des ordres de saisie de terres qui ont affecté des villages, des oliveraies et des infrastructures civiles. Les épisodes se sont multipliés au moment où la région connaît une escalade plus large du conflit entre États, et alors que des fidèles ont été empêchés de prier dans des lieux saints lors des célébrations de l’Aïd.
Attaques nocturnes et incendies autour de Naplouse
Dans la nuit suivant les obsèques d’un colon tué, des groupes d’environ 100 colons masqués et vêtus de noir ont mené des attaques dans les villages de Jalud et Qaryut, au sud de Naplouse. Des véhicules et des habitations ont été incendiés, le bâtiment du conseil du village de Jalud a été visé et un camion de pompiers attaqué, son conducteur blessé. Des résidents rapportent également une tentative d’incendie d’une mosquée. Les forces de sécurité israéliennes se trouvaient en périphérie des lieux lors de ces incidents, sans, selon des témoins, empêcher la progression des assaillants.
Bilan humain et incidents à Beit Awwa et ailleurs
La violence a entraîné des pertes civiles, notamment le 18 mars, quand quatre femmes palestiniennes ont été tuées par des débris de roquettes à Beit Awwa, une localité du sud de la Cisjordanie dépourvue de sirènes d’alerte et d’abris. D’autres attaques ont été signalées à Deir Sharaf, Deir al-Hatab et Burqa, où des tentatives d’incendie d’une clinique ont été contrées par des habitants. L’enchaînement des violences a aussi été lié à des représailles locales après la mort d’un colon à Beit Imrin.
Arrestations et rôle des forces de sécurité
Malgré les agressions perpétrées par des colons, de nombreux Palestiniens ont été arrêtés lors d’opérations de sécurité. Des attaques nocturnes à al-Fandaqumiya et Silat al-Dhaher ont été suivies d’interventions qui n’ont pas, d’après des observateurs locaux, empêché les assaillants de se déplacer entre villages. À Jiljiliya, des habitants — dont des mineurs — ont été appréhendés après une attaque signalée contre une propriété. Des incidents comparables ont été enregistrés dans les gouvernorats de Salfit et dans les collines du sud d’Hébron.
Saisies de terres et destruction d’oliveraies
Les destructions agricoles se sont multipliées : des oliveraies ont été déracinées par des bulldozers à Nilin et Huwara, où plus de 1 500 oliviers auraient été rasés sur plus de 100 dunams. À Masafer Yatta et Khirbet Mughayir al-Abeed, des arbres ont également été détruits et des troupeaux laissés pâturer sur des terres cultivées. Des ordres militaires ont été émis pour la saisie de centaines de dunams dans le nord-est de la Cisjordanie — avec le déploiement d’engins pour préparer une nouvelle voie — tandis que des démolitions de maisons ont laissé des familles déplacées dans la vallée du Jourdain et d’autres localités.
Blocages routiers et isolement des villages
Depuis le milieu du mois, des rassemblements nocturnes de colons aux carrefours — notamment à Zaatara, Yitzhar, Homesh et as‑Sawiya — ont entraîné des barrages et des attaques contre des véhicules palestiniens. Des routes principales, comme la route 60, ont été fermées lors de cortèges funéraires, et des entrées de villages ont été bloquées, limitant les déplacements et l’accès des services. Ces blocages surviennent alors que certains colons dénoncent comme une « ligne rouge » le démantèlement d’avant-postes illégaux, provoquant des tensions supplémentaires.
Impact humanitaire et situation à Gaza
Parallèlement, la bande de Gaza fait face à une détérioration de la situation humanitaire : le volume d’aide entrant a diminué, les prix ont augmenté et des hôpitaux signalent des pénuries de médicaments, de fournitures et de carburant. Le point de passage de Rafah avec l’Égypte a rouvert sous restrictions, mais la circulation demeure très limitée. Des frappes et opérations militaires ont continué de provoquer des victimes civiles et des dégâts matériels dans plusieurs secteurs de la bande de Gaza, ajoutant une pression sur les capacités de secours et de reconstruction.
Les déclarations publiques ont livré des condamnations isolées de la violence commise par des colons, qualifiée d’« inacceptable » par des responsables militaires, et certains dirigeants politiques ont appelé à la retenue. Toutefois, la multiplication des incidents, l’usage d’ordres militaires visant des terres et les restrictions sur l’aide humanitaire accroissent les risques d’escalade et les conséquences pour les civils. Les autorités en place n’ont pas fait suite publiquement à plusieurs demandes de commentaire concernant ces événements.