Père gazaoui exige test ADN pour prouver que l’enfant évacué est son fils
Gaza : un père réclame un test ADN pour identifier un nourrisson évacué durant le conflit
À Gaza, Mohammed Lubbad réclame un test ADN pour confirmer la filiation d’un nourrisson évacué en 2023 ; les destructions empêchent toute vérification.
Mohammed Lubbad, père et programmeur de 35 ans, cherche à faire établir la paternité d’un nourrisson dont il affirme être le père. La maison de sa famille à Beit Lahiya a été frappée le 13 octobre 2023, date à laquelle plusieurs membres de son foyer ont été tués ou portés disparus. Si des éléments médicaux ont laissé entendre qu’une césarienne avait permis la naissance d’un bébé, l’identification de l’enfant est restée incertaine pendant des années en raison des destructions d’infrastructures et des pertes de dossiers. La situation a pris une tournure nouvelle lorsque, après l’évacuation médicale de prématurés hors de Gaza en 2023, certains nourrissons sont revenus le 31 mars 2026, déclenchant des revendications rivales sur la filiation.
Frappe et pertes familiales
Le 13 octobre 2023, une frappe a détruit la maison de la famille Lubbad à Beit Lahiya. Parmi les victimes figuraient une fille de cinq ans, une mère, un frère et plusieurs proches. La femme de Mohammed, Amal, enceinte de huit mois à l’époque, a d’abord été portée disparue, puis signalée hospitalisée. Des soins obstétriques d’urgence ont été rapportés et un nourrisson a été signalé comme né par césarienne. Quelques jours plus tard, le 22 octobre 2023, Amal a été déclarée décédée des suites de traumatismes, laissant la famille dans une grande détresse et avec des interrogations persistantes sur le sort du nouveau-né.
Incidents d’identification et confusion hospitalière
Dans les jours et semaines qui ont suivi, des témoignages divergent sur l’identification du bébé. Le personnel hospitalier a indiqué l’existence d’un nourrisson correspondant à la description – né au terme d’une grossesse avancée et transféré entre hôpitaux – mais l’absence de registres précis et la dégradation des systèmes d’enregistrement ont rendu l’identification officielle difficile. Une autre famille a enregistré un enfant présentant des caractéristiques similaires, ce qui a engendré une dispute sur l’identité et la filiation. Les conditions de chaos et de rupture des communications à cette période ont contribué à la confusion administrative.
Évacuations médicales et retour des nourrissons
En décembre 2023, face à la détérioration des soins néonataux, des opérations d’évacuation médicale ont transféré des bébés prématurés hors de Gaza vers des structures étrangères. Plusieurs nourrissons ont été conduits via Rafah vers l’Égypte pour recevoir des soins. Mohammed s’est rendu à Rafah pour tenter d’y retrouver l’enfant, mais les évacuations étaient déjà effectuées lorsque les familles sont arrivées. Après plus de deux ans d’absence, les enfants évacués sont revenus à Gaza le 31 mars 2026. Leur retour a été accueilli par des scènes émotionnelles, mais pour certaines familles, dont celle de Mohammed, il a rouvert des conflits d’identité et des demandes d’éclaircissements.
Absence de capacités médico-légales locales
La possibilité de résoudre le différend par un test ADN se heurte à l’indisponibilité d’équipements et de laboratoires spécialisés à Gaza. Les infrastructures nécessaires aux analyses scientifiques ont été endommagées ou rendues inopérantes pendant le conflit. Les services d’enquête ont déclaré que, pour parvenir à une conclusion définitive, il faudrait soit rétablir des capacités de test locales, soit autoriser le transfert rapide d’échantillons vers des laboratoires accrédités à l’étranger. Sans ces moyens, les inscriptions administratives et les bracelets d’identification apposés aux nouveau-nés restent insuffisants pour lever tout doute.
Procédures, demandes et impasses administratives
Au retour des nourrissons à l’hôpital Nasser de Khan Younis le 31 mars 2026, des enquêteurs médicaux ont entendu les deux familles concernées et constaté des similitudes marquées entre leurs récits. Les registres endommagés à Kamal Adwan et l’absence de preuves scientifiques claires compliquent l’issue administrative. Les autorités locales ont souligné le besoin d’une preuve génétique pour trancher, mais aucune modalité opérationnelle n’a été mise en place dans l’immédiat pour effectuer des tests ADN fiables. Les démarches judiciaires et les demandes de coopérations externes demeurent en cours, sans calendrier public.
Conséquences psychologiques et actions familiales
Pour Mohammed, l’incertitude est devenue une source de souffrance durable, affectant sa vie quotidienne et sa capacité à travailler. Il est désormais le seul responsable de sa fille survécante, Jana, âgée de quatre ans, et dit se trouver en état de détresse psychologique. Exigeant la réalisation d’un test ADN, il se déclare prêt à accepter le résultat quelle qu’en soit l’issue, insistant sur la nécessité d’une certitude scientifique. Il prévoit d’organiser une manifestation avec des proches devant l’hôpital al-Shifa pour faire pression en faveur d’une solution. Les services d’enquête ont rappelé que laisser le litige sans solution aurait des conséquences humaines durables pour les deux familles impliquées.
Mohammed réclame une réponse définitive afin de pouvoir tourner la page et reconstruire sa vie.