Guerre en Iran : Mojtaba Khamenei consolide le pouvoir, le CGRI domine
Deux mois après les frappes : l’Iran consolide son appareil d’État tandis que la société et l’économie s’enfoncent
Après deux mois de frappes sur Téhéran, l’Iran renforce son appareil de pouvoir tandis que l’économie et les libertés subissent de fortes tensions durables.
L’offensive menée par les États-Unis et Israël il y a deux mois a profondément transformé le paysage politique et sécuritaire iranien, mais elle n’a pas provoqué l’effondrement des institutions centrales. Le pays reste dirigé par des structures étatiques et militaires qui ont rapidement réaffirmé leur cohésion, tandis que des mesures de contrôle interne se sont intensifiées pour contenir la réaction populaire et stabiliser la situation dans un contexte économique déjà fragilisé.
Succession au sommet religieux
La mort de figures de premier plan a déclenché une transition au sommet de l’appareil religieux : un corps religieux a désigné Mojtaba Khamenei comme successeur, consolidant ainsi la continuité du bureau du guide suprême. Bien que le nouveau guide apparaisse peu dans les médias extérieurs et que certaines de ses prises de position aient été diffusées sous forme de communiqués écrits, l’adhésion affichée des institutions clés a limité le risque d’un vide de pouvoir. Le Parlement, la magistrature et d’autres organes officiels ont publiquement réitéré leur allégeance à la nouvelle direction, réduisant les possibilités de fractures publiques perceptibles.
Rôle et influence du Corps des Gardiens de la révolution
Le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) demeure la force politique et militaire dominante. Au-delà du rôle militaire, il conserve d’importantes positions économiques, notamment dans la gestion de ressources stratégiques, et contrôle des milices paramilitaires qui assurent une présence armée visible dans les villes. La nomination de Mohammad Bagher Zolghadr, issu de la vieille garde du CGRI, à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale illustre l’ancrage des généraux dans les décisions clefs et la continuité d’une ligne ferme face aux pressions extérieures.
Positions sur la scène régionale et nucléaire
Sur le plan extérieur, Téhéran a affiché une posture intransigeante : elle refuse les concessions exigées par Washington qu’elle assimile à une capitulation, tout en proclamant qu’elle n’a pas vocation à se doter d’armes nucléaires — sans pour autant renoncer à ses activités d’enrichissement sur son sol. Sur le terrain diplomatique, des pourparlers préliminaires ont eu lieu, et certains responsables évoquent la possibilité de convertir des gains militaires en avantages négociés. Parallèlement, l’accent a été mis sur le contrôle du détroit d’Ormuz, où l’Iran propose un mode de gestion conjointe avec Oman et la mise en place de mesures qui pourraient inclure des péages maritimes afin de compenser les pertes estimées par Téhéran.
Tensions économiques et coupure d’Internet
L’impact économique des frappes, des sanctions et des destructions d’infrastructures est massif. Les industries sidérurgiques et pétrochimiques, particulièrement touchées, nécessiteront des années et d’importants investissements pour être reconstruites. Le gouvernement a réorienté ses priorités budgétaires vers l’importation de denrées alimentaires et de médicaments, en réintroduisant des mécanismes de change préférentiels pour les biens essentiels. Par ailleurs, l’État a imposé une coupure quasi totale d’Internet qui se prolonge, maintenant des restrictions sévères pour des raisons de sécurité déclarées ; cette mesure a stoppé de nombreuses activités économiques, accentué le chômage et isolé la population numérique.
Répression et ordre public renforcé
La réponse sécuritaire a été marquée par une recrudescence d’arrestations, d’exécutions et d’aveux diffusés à la télévision d’État. Les autorités ont multiplié les dispositifs de contrôle social : forces de sécurité visibles, convois armés, points de contrôle et parades pro-gouvernementales. La justice menace de confisquer les biens de ceux accusés de dissidence, y compris à l’étranger, tandis que des aveux publics sont utilisés pour dissuader toute critique. Ces mesures visent à étouffer les mouvements d’opposition après les violences massives observées lors des manifestations précédentes.
La situation reste instable et imprévisible. Si l’État a réussi à préserver la continuité de son commandement et à mobiliser des alliés régionaux pour sécuriser l’espace public, les défis humanitaires et économiques persistent. Des millions de personnes voient leurs revenus et leurs conditions de vie se détériorer rapidement, et la durabilité des mesures de contrôle dans la durée pose la question d’un risque accru de tensions sociales.