Gaza: 4 000 enfants nécessitent une évacuation médicale, paralysies et malformations en hausse
Un nourrisson paralysé après inhalation de gaz à Gaza, face à une crise pédiatrique et à l’effondrement des soins
Nour, née le 7 oct. 2023 à Gaza, paralysée après inhalation de gaz. Hausse des malformations, hôpitaux débordés et milliers d’enfants en attente d’évacuation.
Le cas de Nour Abu Samaan, née le 7 octobre 2023 et tombée gravement malade après avoir inhalé des gaz lors des premières frappes qui ont suivi sa naissance, illustre l’ampleur des séquelles subies par les nouveau-nés et les enfants à Gaza. Alors qu’elle reposait dans les bras de sa mère le lendemain de sa naissance, des explosions à proximité ont saturé l’air de fumée et de produits toxiques : le nouveau-né a présenté des difficultés respiratoires aiguës, une cyanose et une perte de tonus, suivies d’une paralysie motrice diagnostiquée comme liée à une inhalation toxique. La fragilité de cette vie nouvelle et la rupture des services de santé ont transformé un foyer en unité de soins intensifs en quelques heures.
Naissance et première détresse
Nour est née quelques heures avant le déclenchement d’une offensive à grande échelle. Le 8 octobre, alors qu’elle se trouvait avec sa mère, des projectiles ont frappé à proximité et l’air est devenu irrespirable. Sa mère raconte que l’enfant s’est soudainement étouffée, est devenue bleue et perdue connaissance. Les médecins ont ensuite constaté une atteinte neurologique et une raideur sévère des membres, une condition décrite par la famille comme plus invalidante qu’une paralysie partielle.
Séjour hospitalier et évacuation précipitée
La mère a passé un mois à veiller sa fille en unité de soins intensifs pédiatriques, jusqu’à ce que l’hôpital se retrouve sous le feu et que la possibilité d’un siège rende toute prise en charge impossible. La famille a réussi à évacuer le nouveau-né juste avant une attaque qui a détruit l’établissement et ses équipements vitaux. Les proches racontent qu’après le départ de Nour, des dispositifs de soutien ont été arrêtés pour des bébés restés sur place, entraînant des décès dans l’unité. La violence autour des établissements de santé a ainsi transformé des lieux de soin en zones d’extrême danger.
Séquelles physiques et besoins de réhabilitation
Aujourd’hui, la fillette souffre d’une raideur musculaire prononcée qui limite gravement sa mobilité : les tentatives répétées de la faire asseoir ont échoué. Son père affirme que les efforts de rééducation sont entravés par l’absence d’équipements adaptés et par le manque de spécialistes. D’autres enfants présentent des blessures corporelles lourdes, des amputations ou des cicatrices permanentes après des brûlures et des traumatismes, nécessitant des prothèses, des greffes et des soins prolongés qui ne sont pas accessibles localement.
Augmentation des malformations et naissances prématurées
Les registres sanitaires font apparaître une augmentation notable des malformations congénitales et des accouchements prématurés depuis le début des hostilités. Les équipes médicales locales rapportent un doublement des cas de malformations en 2025 par rapport à la période antérieure au conflit, ainsi qu’une hausse des naissances prématurées et des nouveau-nés de faible poids. Les experts évoquent des facteurs combinés : exposition répétée à des agents toxiques, privations alimentaires et effondrement des soins prénatals pendant les périodes de siège et de bombardement.
Accès aux soins spécialisés et blocages aux frontières
Des milliers d’enfants nécessitent des traitements spécialisés à l’étranger — chirurgies, rééducation intensive, soins respiratoires — mais restent bloqués par des restrictions de déplacement. Les responsables sanitaires locaux estiment que des milliers de patients attendent les autorisations de sortie via le terminal frontalier de Rafah, la principale voie d’accès vers l’extérieur. Depuis la réouverture partielle du point de passage, seuls quelques dizaines d’enfants ont obtenu une autorisation de voyager, selon les bilans fournis par les structures sanitaires, alors que des centaines voire des milliers demeurent en attente.
Impact démographique et conséquences à long terme
Les deux années de bombardements ont entraîné des changements démographiques nets : une baisse de la natalité, une croissance négative de la population et une augmentation des pertes infantiles. Les hôpitaux surchargés, la pénurie de médicaments, la malnutrition et la détérioration des soins obstétriques font peser un risque de santé publique prolongé sur toute une génération. Les familles de victimes décrivent une vie quotidienne rythmée par des rendez-vous médicaux impossibles à obtenir, des files d’attente pour des examens de base et l’absence de ressources pour assurer des traitements de longue durée.
Les cas individuels comme celui de Nour et de Misk, une nourrisson née avec de graves malformations, illustrent la convergence de traumatismes immédiats et de dommages futurs : séquelles neurologiques durables, handicaps physiques, et besoins en réadaptation auxquels la filière locale ne peut répondre. Pour nombre de parents, l’unique espoir reste une évacuation médicale urgente, conditionnée par des autorisations et des corridors sûrs qui restent insuffisants. Malgré l’urgence médicale, la capacité d’évacuation et la disponibilité des soins spécialisés à l’extérieur restent très limitées, laissant des milliers d’enfants dans une attente qui, pour certains, deviendra fatale.