Amnesty accuse les ADF de crimes de guerre et d’exploitation d’enfants en RDC
RDC : Amnesty dénonce des crimes de guerre massifs commis par les ADF dans l’est
Amnesty accuse les ADF de crimes de guerre dans l’est de la RDC : meurtres, enlèvements, mariages forcés et recrutement d’enfants, selon un rapport. Urgent.
Le rapport publié par Amnesty International décrit une campagne d’abus systématiques attribuée aux Forces démocratiques alliées (ADF) dans l’est de la République démocratique du Congo, où civils — y compris des enfants — ont été torturés, enlevés, mariés de force et tués. L’enquête, basée sur des entretiens et des témoignages recueillis dans la province du Nord-Kivu, signale des attaques particulièrement brutales et appelle les autorités congolaises et la communauté internationale à intensifier la protection des populations.
Rapport d’Amnesty décrit des crimes de guerre et crimes contre l’humanité
Le document, intitulé « Je n’avais jamais vu autant de cadavres : crimes de guerre commis par les Forces démocratiques alliées dans l’est de la République démocratique du Congo », accuse les ADF de multiples exactions constitutives de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Amnesty indique avoir interrogé 71 personnes — survivants, travailleurs humanitaires et policiers — et avoir documenté des meurtres, des enlèvements, des violences sexuelles, du travail forcé et l’exploitation d’enfants. La secrétaire générale d’Amnesty a qualifié ces actes d’abus « déshumanisants » et lancé un avertissement sur la montée de la crise humanitaire.
Attaques meurtrières à Ntoyo et Byambwe documentées
Le rapport détaille plusieurs attaques de grande ampleur. Lors d’une attaque contre le village de Ntoyo en septembre 2025, des combattants auraient pris pour cible une veillée funèbre en se déguisant en personnes en deuil, puis utilisé des marteaux, machettes, fusils et haches pour tuer plus de 60 personnes. Deux mois plus tard, une nouvelle attaque dans le village voisin de Byambwe aurait fait au moins 17 morts et entraîné l’incendie de services hospitaliers, privant ainsi la population d’un accès vital aux soins. Des témoins décrivent des scènes de tir sur des patients et des visiteurs à l’intérieur d’un établissement médical.
Enlèvements, mariages forcés et recrutement d’enfants
Amnesty rapporte 46 cas d’enlèvement documentés, incluant des prises d’otages contre rançon, la torture, l’exploitation sexuelle et le travail forcé. Cinq femmes et deux filles ont déclaré avoir été mariées de force à des combattants, forcées de se convertir et soumises à des violences sexuelles et physiques. Plusieurs survivants expliquent avoir été entraînés au maniement d’armes et contraints d’exécuter des ordres sous la menace de mort. L’organisation souligne le phénomène de recrutement d’enfants et l’usage de victimes comme main-d’œuvre et « épouses » pour renforcer la capacité combattante du groupe.
Opérations des ADF et allégeance à l’EI
Les ADF, opérant principalement dans l’est de la RDC près de la frontière ougandaise, mènent depuis des années des actions contre l’État congolais. Le rapport rappelle que le groupe a annoncé son allégeance à l’État islamique (ISIS-Afrique centrale) en 2019, une affiliation qui, selon Amnesty, n’a fait qu’aggraver la nature idéologique et violente de certaines opérations. Les ADF sont en conflit récurrent avec les Forces armées congolaises (FARDC) et ont aussi affronté la mission de l’ONU en RDC (MONUSCO).
Impact humanitaire et déplacements massifs
Les attaques répétées des ADF ont provoqué des déplacements massifs, coupant l’accès des populations aux soins, à l’éducation et à l’alimentation dans plusieurs zones du Nord-Kivu. Le rapport signale des villages désertés, des services de santé incendiés et une insécurité chronique qui freine l’acheminement de l’aide. Parallèlement, la reprise des activités du M23, mouvement rebelle soutenu selon des observateurs par le Rwanda, a détourné une partie de l’attention internationale et nationale, permettant aux ADF de profiter de la situation pour intensifier certaines opérations.
Appel à une riposte renforcée du gouvernement et de la communauté internationale
Amnesty exhorte les autorités congolaises à renforcer la protection des civils, à améliorer les systèmes d’alerte précoce et à répondre plus rapidement aux attaques signalées. L’organisation demande aussi une coopération plus étroite entre l’État, l’ONU et les communautés locales, ainsi que des programmes de paix et de réintégration pour aider les survivants à se reconstruire. Des témoins cités dans le rapport évoquent des interventions des forces de sécurité trop tardives ou absentes au moment des attaques, ce qui a contribué à l’ampleur des pertes.
La publication de ce rapport relance la pression pour une action plus vigoureuse sur le terrain et un soutien international accru aux victimes et aux communautés affectées. Les recommandations incluent l’ouverture d’enquêtes indépendantes, la poursuite des auteurs présumés devant des instances judiciaires et la mise en place d’un accompagnement psychologique et économique pour les personnes libérées ou ayant fui les zones de conflit.
Ce rapport met en lumière la gravité persistante des violences dans l’est de la RDC et la vulnérabilité des civils face à des groupes armés organisés. L’urgence, selon les auteurs, est d’empêcher de nouveaux massacres, d’assurer l’accès durable à l’assistance humanitaire et de mobiliser des réponses coordonnées qui combinent sécurité, justice et soutien à long terme aux populations affectées.