Mali: instabilité et attaques menacent l’exploitation des réserves d’or et de lithium
Au Mali, la crise sécuritaire expose d’immenses réserves d’or, de lithium et d’uranium
Crise politique et attaques armées au Mali mettent en lumière ses vastes réserves d’or, lithium et uranium ainsi que les défis économiques et sécuritaires.
Le Mali traverse une nouvelle phase de violence et d’instabilité politique qui ravive les enjeux liés à ses ressources naturelles abondantes. Des attaques coordonnées menées le 25 avril ont visé plusieurs points du pays et entraîné la mort du ministre de la Défense. Dans ce contexte, les richesses minières — notamment d’importantes réserves d’or, mais aussi de lithium et d’uranium — nourrissent à la fois des espoirs économiques et des tensions autour du contrôle des territoires et des revenus.
Attaques coordonnées et assassinat du ministre de la Défense
Le 25 avril, un groupe armé affilié à Al-Qaïda a mené des opérations conjointes avec des séparatistes touaregs, ciblant plusieurs sites à travers le Mali. Ces attaques ont coûté la vie au ministre de la Défense et ont été suivies par des déclarations de siège de la capitale par des groupes armés. L’événement illustre la capacité des acteurs non étatiques à frapper des cibles stratégiques et à perturber l’administration centrale, compliquant encore la sécurisation des zones minières et des corridors d’exportation.
Importance économique de l’or pour le pays
L’or constitue la première ressource d’exportation du Mali. Il représente près de 80 % des exportations et a généré environ 4,3 milliards de dollars en 2024. La production nationale officielle est déclarée à environ 57 tonnes, mais les estimations qui intègrent la production artisanale et la contrebande portent ce chiffre à près de 100 tonnes pour 2024, faisant du Mali l’un des principaux producteurs d’or en Afrique. L’or demeure donc un pilier central de l’économie malienne, avec des retombées majeures sur les recettes publiques et les emplois locaux.
Production réelle versus flux non déclarés
L’écart entre la production officielle et la production réelle s’explique en grande partie par une activité artisanale très répandue et une contrebande significative. Plus de deux millions de Maliens tirent leur revenu du secteur minier, souvent dans des exploitations à petite échelle dans les régions de Sikasso, Koulikoro et Kayes. Ce décalage complique la gouvernance fiscale et réduit les marges de manœuvre de l’État pour investir dans les services publics, surtout en période de crise politique et sécuritaire.
Rôle des multinationales et changement de réglementation
Le secteur minier formel est dominé par des sociétés étrangères, en particulier des firmes canadiennes, australiennes et un nombre croissant d’acteurs chinois. Face aux préoccupations sur la captation des revenus, le gouvernement de transition a modifié le cadre législatif minier en 2023 pour permettre à l’État de prendre jusqu’à 35 % des parts des opérations minières. Cette réforme vise à améliorer la part des revenus nationaux, mais elle crée aussi des frictions avec des opérateurs étrangers et peut ralentir les investissements si la sécurité et la stabilité réglementaire ne sont pas garanties.
Potentiel lithium et uranium confronté à l’instabilité
Outre l’or, le Mali possède d’importants gisements de lithium — notamment le projet Goulamina, majoritairement détenu par un opérateur chinois avec une participation australienne et une part étatique minoritaire — ainsi que des ressources d’uranium et d’autres minéraux industriels. Les estimations nationales font état de centaines de millions de tonnes de ressources en lithium et de milliers de tonnes d’uranium, ce qui place le pays au cœur des enjeux liés à la transition énergétique mondiale. Cependant, l’exploration et le développement de ces gisements sont freinés par l’insécurité dans le nord et le centre, ainsi que par la volatilité politique.
Conséquences sociales et défis de gouvernance
La concentration des activités minières dans certaines régions alimente des dynamiques locales complexes : emplois et revenus côtoient conflits fonciers, déplacements de populations et exploitation informelle. La mauvaise traçabilité des flux d’or et la présence d’acteurs armés dans des zones minières aggravent les risques de financement de la violence. Sur le plan institutionnel, l’État doit conjuguer renforcement de la sécurité, transparence fiscale et gestion des partenariats étrangers pour transformer ce potentiel minier en développement durable.
La situation actuelle met en relief un dilemme central pour le Mali : ses ressources naturelles offrent une base économique importante, mais sans stabilité politique, cadre réglementaire clair et mécanismes de contrôle locaux, ces richesses risquent d’exacerber les tensions et de rester largement sous-exploitées au bénéfice de réseaux illicites et d’intérêts étrangers.