Choc pétrolier lié à la guerre en Iran frappe durement le Kenya
Choc pétrolier lié à la guerre au Moyen‑Orient: au Kenya, chauffeurs et ménages subissent une forte contraction des revenus
Depuis le 28 février, la guerre au Moyen‑Orient alimente une hausse des prix de l’énergie; au Kenya chauffeurs et ménages voient leurs revenus chuter fortement.
La montée des tensions depuis le 28 février a déclenché une hausse significative des prix du pétrole qui pèse désormais sur l’économie kenyane et sur des milliers de travailleurs informels. À Nairobi, un chauffeur de taxi‑moto explique que la combinaison de la flambée du coût du carburant et de la saison des pluies de mars a réduit de moitié son activité quotidienne. La situation illustre la manière dont un choc géopolitique lointain se traduit par une crise de revenus au niveau local.
Portrait d’un chauffeur à Nairobi
Eric Wainaina travaille six jours par semaine, commençant tôt le matin pour subvenir aux besoins de sa femme et de leurs trois enfants. Avant la crise, il parcourait parfois jusqu’à 180 km par jour ; aujourd’hui il ne dépasse plus 90 km. Son nombre de clients est passé d’environ 20–30 par jour à moins de 10. « Nous ne pouvons pas travailler autant que d’habitude parce que le prix de l’essence est très élevé », dit‑il, ajoutant qu’il a dû augmenter ses tarifs pour faire face aux coûts plus élevés et aux conditions de pluie. Ces hausses réduisent toutefois encore davantage la demande.
Flambée du carburant et effet sur les revenus
La hausse du prix du diesel et de l’essence se traduit par une pression directe sur les transports et les petits commerces. Le coût moyen du litre a augmenté d’environ un quart par rapport aux niveaux d’avant conflit, portant le prix à un niveau qui rend les déplacements quotidiens sensiblement plus onéreux. Pour les ménages à faibles revenus et les micro‑entrepreneurs de la mobilité urbaine, l’effet est double : moins de clients et une marge par course réduite. À l’échelle nationale, cette inflation énergétique alourdit également les subventions et creuse les déficits budgétaires des gouvernements importateurs.
Dépendance aux carburants raffinés et capacités limitées
L’Afrique dispose de réserves pétrolières importantes, mais la plupart des pays restent dépendants des importations de produits raffinés. Les capacités de raffinage locales sont insuffisantes pour répondre à la demande croissante, ce qui expose fortement les économies lorsque les marchés mondiaux se tendent. Des projections sectorielles suggèrent que le continent pourrait faire face à un déficit important de carburant dans les prochaines décennies si les investissements dans le raffinage et les infrastructures ne s’accélèrent pas.
Pays pétroliers en position favorable, autres sous pression
Le choc sur les prix a créé des gagnants et des perdants à travers l’Afrique. Les principaux producteurs et exportateurs ont vu leurs recettes d’exportation augmenter, améliorant leurs marges de trésorerie et leur capacité d’investissement. À l’inverse, les pays importateurs se retrouvent avec des factures énergétiques plus lourdes, des pressions inflationnistes accrues et une montée des tensions fiscales, alors que certains gouvernements pourraient devoir solliciter des financements internationaux pour stabiliser leurs économies.
Flux d’investissement vers les énergies renouvelables et options politiques
Face à la volatilité des hydrocarbures, des flux d’investissements importants se sont dirigés vers les énergies renouvelables au cours de la dernière décennie. Des engagements de financement de grande ampleur ont été annoncés par des partenaires internationaux entre 2010 et 2024, ciblant la production d’énergies propres et des projets d’hydrogène. Pour de nombreux pays africains, ces investissements représentent une voie pour réduire la vulnérabilité aux chocs importés et renforcer la sécurité énergétique sur le long terme. En parallèle, des choix politiques — maintien de liens commerciaux stratégiques, renforcement des capacités de raffinage, ou recours à des financements extérieurs — détermineront la résilience des économies face à une crise prolongée.
Si la situation perdure, les conséquences sociales pourraient s’accentuer : déplacement de populations vers des zones rurales, augmentation de la pauvreté urbaine et pression sur les services publics. Les ménages les plus fragiles risquent de réduire leurs dépenses essentielles, entraînant un recul du niveau de vie. Les décisions prises par les gouvernements dans les mois à venir seront déterminantes pour amortir l’onde de choc et limiter l’impact d’une crise énergétique qui, bien que déclenchée par un conflit lointain, se concrétise aujourd’hui dans les trajets quotidiens et les budgets des familles kenyanes.