Pénurie de gaz à Karachi bouleverse la vie quotidienne des femmes
Au Pakistan, la pénurie de gaz transforme la vie quotidienne des foyers de Karachi
À Karachi, les ménages adaptent leurs journées aux rares fenêtres de gaz: cuisson chronométrée, commerces touchés et charge accrue pour les femmes et les PME.
La crise du gaz au Pakistan a déplacé l’organisation domestique quotidienne vers un calendrier serré d’approvisionnement. À Karachi, de nombreuses familles ne disposent que de courtes périodes d’accès au gaz naturel canalisé (PNG) chaque jour : matin, début d’après-midi et soirée. Ce fonctionnement intermittent contraint les ménages à réorganiser la préparation des repas, rallonge les corvées domestiques et accroît la charge de travail non rémunéré, en particulier pour les femmes qui assument l’essentiel de la cuisine et des soins. Parallèlement, petites entreprises et services à domicile voient leur activité perturbée par la variabilité des livraisons et la hausse du coût des alternatives comme le GPL en bouteille.
Fenêtres d’approvisionnement et pression réduite
La distribution du gaz dans de nombreux quartiers de Karachi suit un rythme fragmenté : du matin, une plage vers midi d’une à deux heures, puis une fenêtre en soirée. Même lors de ces créneaux, la pression est souvent insuffisante, ce qui allonge le temps de cuisson et oblige à des adaptations techniques et de menu. Les ménages rapportent que manquer une de ces fenêtres signifie retarder un repas, réchauffer des plats ou recourir à des appareils électriques et à des bouteilles de GPL, plus coûteuses.
Charge domestique concentrée sur les femmes
La contrainte temporelle pèse surtout sur les femmes responsables de la cuisine et des tâches ménagères. Elles se lèvent plus tôt, cuisinent plus vite et planifient l’ensemble de la journée autour de la disponibilité du gaz. Plusieurs personnes interrogées expliquent que tout, du petit‑déjeuner au dîner, est désormais fixé par ces créneaux. Cette réorganisation réduit le temps de repos et de loisirs et augmente la fatigue quotidienne. Des estimations publiées récemment indiquent que les femmes consacrent en moyenne plusieurs heures par jour au travail non rémunéré, la cuisine constituant la part la plus importante de cette charge.
Impact sur les activités domestiques et les petites entreprises
Les professionnels qui travaillent depuis leur domicile — traiteurs, salons de beauté, petites cantines — subissent des pertes directes. La cuisson commerciale devient plus coûteuse lorsqu’il faut utiliser des bouteilles de GPL ; certaines commandes sont annulées faute d’énergie abordable. Pour d’autres, l’absence simultanée d’électricité et de gaz empêche l’usage des générateurs ou d’équipements de cuisson, malgré des solutions partiellement disponibles comme les onduleurs (UPS) ou l’énergie solaire, qui restent insuffisantes pour des appareils électriques gourmands. Les entrepreneurs domestiques signalent que ces interruptions nuisent à la fiabilité du service et à la fidélité de la clientèle.
Rareté du GNL et dépendance aux importations
La pénurie s’inscrit dans un contexte de baisse de la production nationale et d’un recul des importations de gaz naturel liquéfié (GNL). Les envois de GNL vers le pays ont diminué ces dernières années, et la géopolitique régionale a encore tendu les flux commerciaux : des perturbations récentes dans la région du Golfe ont réduit le nombre d’escales et de livraisons attendues. Le GNL importé, essentiellement en provenance de pays du Golfe, alimente une part importante de la production d’électricité et complète l’approvisionnement domestique lorsqu’il est disponible. La contraction des cargaisons se traduit désormais par des rationnements à l’intérieur du réseau urbain.
Conséquences sur les habitudes alimentaires et le bien‑être
Au niveau quotidien, les contraintes énergétiques modifient ce qui est consommé et comment. Les habitants rapportent des repas réchauffés, des plats plus simples, et la disparition de petits rituels comme le thé du soir. Pour des familles nombreuses, le recours régulier aux restaurants n’est pas une solution économique ; la qualité des repas peut donc diminuer et le confort alimentaire se dégrader. Les étudiants et travailleurs disent aussi voir leur capacité de repos et d’étude réduite, car ils surveillent en permanence l’arrivée et le départ du gaz.
Face à ces difficultés, des ménages tentent des stratégies d’adaptation : cuisine en lot pendant les courtes fenêtres, utilisation limitée d’appareils électriques, achat prudent de GPL pour les urgences et planification stricte des tâches. Cependant, ces mesures palliatives ont un coût financier et social et ne remplacent pas un approvisionnement stable et prévisible.
La crise énergétique montre comment une diminution des flux de GNL et une production nationale en déclin peuvent rapidement se traduire en contraintes quotidiennes concrètes, touchant à la fois la vie domestique, la santé sociale et la survie économique des petits commerces. Les familles et entrepreneurs de Karachi continuent de réaménager leurs routines pour limiter les perturbations, mais la normalisation d’un approvisionnement fiable reste la clé pour ramener de la régularité dans les foyers et les activités locales.