Haute Cour du Madhya Pradesh déclare la mosquée Kamal Maula temple hindou
Inde : la Haute Cour du Madhya Pradesh juge le complexe de Bhojshala temple hindou, privant la communauté musulmane de la mosquée Kamal Maula
La Haute Cour du Madhya Pradesh a statué que le complexe médiéval de Bhojshala à Dhar est un temple hindou, entraînant l’interdiction de la mosquée Kamal Maula aux fidèles musulmans et des tensions locales; la décision repose principalement sur une étude de l’ASI et fait craindre de nouveaux recours judiciaires.
Depuis une décision rendue vendredi, le complexe historique de Bhojshala, où se trouve la mosquée Kamal Maula à Dhar, dans le Madhya Pradesh, est désormais considéré par la Haute Cour comme un temple dédié à la déesse Vagdevi. La mesure interdit l’accès de la mosquée aux fidèles musulmans de la ville et a conduit, dès le dimanche suivant, à l’installation d’une idole temporaire et à des rassemblements hindous entourés d’un important dispositif policier. Des drapeaux safran et des chants religieux ont été visibles sur le site, tandis que certains habitants filmaient les cérémonies.
Décision de la Haute Cour et déploiement sur le terrain
La cour a fondé sa décision sur une étude archéologique récemment produite par l’Archaeological Survey of India (ASI). Immédiatement après l’annonce, des militants locaux ont placé une statue de la déesse Ambika et organisé des rituels au cœur du monument, datant des XIIIe et XIVe siècles. Les autorités locales ont déployé des forces de police pour encadrer les cérémonies et prévenir des heurts. Pour des fidèles musulmans qui fréquentaient la mosquée depuis des générations, la décision s’est traduite par une exclusion soudaine : Mohammad Rafiq, muezzin âgé de 78 ans et présent à Dhar depuis cinquante ans, a déclaré qu’il n’aurait jamais imaginé une telle évolution.
Histoire du site et règles antérieures
Le site de Bhojshala est au centre d’un contentieux ancien. Avant la décision récente, un accord de 2003 avec l’ASI autorisait des visites hindoues certains jours et des prières musulmanes le vendredi. La famille de Rafiq se dit liée au lieu depuis plusieurs générations — son grand-père, Hafiz Naziruddin, y dirigeait déjà les prières avant l’indépendance de 1947. Une notification officielle de 1935, évoquée dans les débats, indiquait que les prières musulmanes n’étaient pas interdites sur le site ; la cour a toutefois estimé qu’un tel document, antérieur aux lois actuelles, ne prime pas sur son analyse.
Questions archéologiques et l’idole du British Museum
Le jugement a mis en avant l’étude de l’ASI et a même invité le gouvernement indien à envisager le rapatriement d’une statue dite Ambika, aujourd’hui au British Museum, que les parties hindoues présentent comme appartenant au temple originel. Des avocats représentant la communauté musulmane ont contesté cette provenance, soulignant des archives contradictoires et affirmant que l’idole n’aurait pas été trouvée sur le site de la mosquée. Le débat autour de la méthodologie des fouilles et des conclusions archéologiques est devenu un point central : certains spécialistes ont critiqué la qualité des enquêtes et mis en garde contre des conclusions politiquement influencées.
Réactions politiques et perspectives juridiques
La décision a suscité des réactions vives. Des dirigeants musulmans et avocats ont annoncé leur intention de faire appel devant la Cour suprême, invoquant la loi sur les lieux de culte de 1991 qui protège le caractère religieux des sites tel qu’il existait à l’indépendance. Des responsables politiques et élus ont qualifié le jugement d’erreur ou de menace pour la liberté de culte des minorités. De leur côté, des représentants d’organisations hindoues ont salué la décision comme une restauration de la dignité historique du site. La perspective d’un recours devant la plus haute juridiction du pays laisse ouverte la possibilité d’une nouvelle phase judiciaire.
Contexte national et comparaison avec d’autres litiges religieux
Les juristes et observateurs situent cette décision dans une série d’affaires similaires qui ont émergé ces dernières années, après des jugements très médiatisés portant sur des monuments historiques et lieux de culte. L’atmosphère nationale, marquée par des revendications sur des sites tels que Gyanvapi à Varanasi ou d’autres lieux contestés, alimente un climat de défiance entre communautés. Des responsables politiques ont interprété certaines décisions judiciaires passées comme des précédents influençant ces dossiers, ce qui renforce l’inquiétude quant à la pérennité du statu quo sur des sites religieux historiques.
La décision de la Haute Cour à Dhar transforme durablement l’accès et l’usage d’un lieu pratiqué par des générations, tout en relançant un débat national sur la manière dont l’histoire, l’archéologie et la loi doivent encadrer les revendications religieuses. Des recours judiciaires sont annoncés, la tension locale reste palpable et la question de la coexistence des pratiques religieuses sur des monuments historiques continue d’alimenter les controverses en Inde.