Chômage des diplômés en Cisjordanie pousse à l’exode des talents
Bethléem : des diplômés palestiniens confrontés à un chômage élevé et à l’exode des talents
À Bethléem, la remise des diplômes se déroule entre célébrations et inquiétudes : des jeunes finissants font face à un marché de l’emploi qui n’absorbe plus leurs qualifications, au gel massif des permis de travail et à un départ croissant des professionnels qualifiés.
Cérémonies teintées d’inquiétude
Dans une salle comble de l’université locale, les tambours et les sifflets accompagnent les photos de famille et les sourires, mais le bonheur est mêlé à l’angoisse. De nombreux étudiants terminent leurs cursus en se demandant si le diplôme leur ouvrira réellement une voie vers un emploi stable. Les trajets pour se rendre aux cours sont de plus en plus imprévisibles, perturbés par des opérations militaires et des fermetures de routes, et les basculements récurrents vers l’enseignement en ligne compliquent la continuité des études.
Chiffres révélateurs d’une crise de l’emploi
Le chômage des jeunes diplômés en Cisjordanie a atteint des niveaux alarmants : il a plus que doublé depuis octobre 2023, culminant à 35,2 % au début de 2024, puis à 27,5 % à la fin de 2025. Parallèlement, le gel des permis de travail pour des centaines de milliers de Palestiniens a drastiquement réduit les opportunités d’emploi à l’étranger, aggravant la pression sur un marché du travail déjà saturé. Les retards dans le versement des salaires publics ont par ailleurs entraîné l’accumulation de montants importants d’arriérés, ce qui a fragilisé davantage l’attractivité des postes gouvernementaux.
Des diplômés obligés de changer de trajectoire
Après des années d’études, beaucoup se retrouvent à occuper des emplois sans lien avec leur formation. Des diplômés en santé, en ingénierie ou en architecture acceptent des emplois temporaires ou hors secteur — caissières, ouvriers du bâtiment ou emplois informels — faute d’offres adaptées. Les recruteurs exigent fréquemment une expérience préalable que les nouveaux diplômés n’ont pas, ce qui crée un cercle vicieux d’inemployabilité. Le secteur public, autrefois refuge pour la stabilité professionnelle, est désormais perçu comme incertain et moins désirable.
Impact des perturbations quotidiennes sur la réussite
Au-delà des statistiques, la réalité quotidienne pèse sur la santé mentale et les perspectives des étudiants. Les examens, les travaux pratiques et les stages doivent souvent composer avec des interruptions liées à la sécurité et aux déplacements. Beaucoup de jeunes cumulent études et petits boulots pour financer leur cursus, aggravant la fatigue et le découragement. Les questions sur le sens d’un long parcours universitaire sans perspectives professionnelles concrètes deviennent courantes dans les bureaux d’orientation.
Exode des compétences et conséquences locales
La frustration et l’absence d’emplois qualifiés poussent un nombre croissant de diplômés à quitter la région. Le départ de professionnels formés — médecins, ingénieurs, enseignants — affaiblit la capacité locale à relancer une économie durable et à fournir des services essentiels. Sur une période récente, un nombre notable de titulaires de maîtrises ont quitté le gouvernorat de Bethléem, privant les institutions locales de compétences indispensables à la reconstruction économique.
Stratégies individuelles et résilience
Face aux difficultés, certains optent pour la reconversion ou la diversification des compétences : formations courtes, apprentissages artisanaux ou créations de petites entreprises. D’autres misent sur l’obtention de stages et d’expériences pratiques, même temporaires, pour constituer un CV plus solide. Les services d’orientation universitaire multiplient les ateliers de recherche d’emploi et les formations en compétences pratiques, insistant sur l’utilisation du diplôme comme levier pour accéder à de nouvelles opportunités, même en dehors du secteur formel.
La remise des diplômes continue d’être un moment de joie et de fierté pour les familles, mais la célébration coexiste désormais avec une conscience aiguë des obstacles économiques et sociaux. Pour beaucoup de jeunes diplômés à Bethléem, l’obtention d’un diplôme reste une étape cruciale, mais elle n’offre plus la même garantie de mobilité sociale qu’autrefois, notamment en raison des restrictions de travail à l’extérieur et des contraintes structurelles qui freinent la création d’emplois locaux. Malgré tout, de nombreux jeunes conservent un espoir persistant et cherchent, par la formation continue ou la créativité professionnelle, à transformer leur diplôme en un point d’appui pour un avenir plus stable.