Sekkouri à Genève appelle à une approche politique de l’IA par le dialogue social
Younes Sekkouri appelle à une gouvernance politique de l’IA et renforce le dialogue social au Maroc
À Genève, Younes Sekkouri plaide pour une gouvernance politique de l’IA et au renforcement du dialogue social pour protéger l’emploi et encadrer les transformations.
La 114e session de la Conférence internationale du Travail (OIT), tenue à Genève du 1er au 12 juin, a offert une plateforme au ministre marocain Younes Sekkouri pour défendre une approche politique de l’intelligence artificielle (IA). Intervenant lundi, il a estimé que le défi principal n’est plus technologique mais politique : la manière dont les décideurs publics choisiront d’encadrer les effets de l’IA, en particulier par le biais du dialogue social, déterminera son impact sur l’emploi et la cohésion sociale.
Sekkouri à la 114e session de l’OIT à Genève
Le ministre de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences a salué le rapport du directeur général de l’OIT sur l’avenir du travail, en insistant sur la nécessité d’un débat collectif. Présent au sein d’une délégation tripartite marocaine, conduite conjointement avec représentants des travailleurs et des employeurs, il a rappelé que le Maroc participe activement aux discussions internationales sur la transformation du marché du travail.
Appel à une gouvernance politique de l’intelligence artificielle
Sekkouri a souligné que la question centrale est politique : il ne s’agit pas seulement des capacités de l’IA, mais des choix que feront les sociétés pour orienter ces capacités. Il a demandé davantage de transparence et une discussion internationale incluant les principaux acteurs du secteur, afin que le développement de technologies génératives, agentiques ou robotiques serve d’abord les intérêts des populations plutôt que des logiques purement marchandes.
Critique de la polarisation du débat public
Le ministre a mis en garde contre la polarisation du discours entre les « déclinistes », qui prédisent des scénarios catastrophes, et les « accélérationnistes », qui glorifient inconditionnellement l’innovation. Pour Sekkouri, cette opposition est stérile : elle empêche d’aborder l’enjeu réel, qui est celui des choix politiques et des priorités collectives. Il a appelé à dépasser les postures et à recentrer le débat sur des mesures concrètes d’encadrement et de protection des travailleurs.
Dialogue social comme levier pour accompagner la transition
Au cœur de son intervention, le ministre a défendu le dialogue social comme outil d’accompagnement des transformations technologiques. Selon lui, un dialogue social structuré réduit les tensions, limite les risques d’exclusion et associe l’ensemble des parties prenantes aux décisions. Il a observé que là où les revendications salariales et les conditions de travail restent sans réponse, l’IA ne peut être considérée comme une priorité, faute de base sociale suffisante pour entamer une transition juste.
Bilan des réformes sociales menées par le gouvernement marocain
Sekkouri a profité de son intervention pour dresser un état des lieux national. Il a rappelé le lancement d’un dialogue social dit « ambitieux » au Maroc, accompagné d’un effort budgétaire de l’ordre de 50 milliards de dirhams et ayant conduit, selon ses chiffres, à une revalorisation des salaires pour plus de 4,25 millions de Marocains. Ce processus a également permis de traiter des dossiers structurants, du salaire minimum aux crises sectorielles dans l’éducation et la santé, contribuant, a-t-il dit, à instaurer « un minimum de confiance » entre gouvernement, employeurs et syndicats.
La démonstration du ministre s’appuie sur l’idée que la démocratie sociale fonctionne même en situation de désaccord : « Nous ne sommes pas d’accord sur tout, mais la démocratie triomphe parce qu’il y a débat », a-t-il déclaré, rappelant que ce cadre de dialogue a permis de résoudre en quelques semaines des mouvements sociaux importants.
En clôture de son intervention, Sekkouri a réaffirmé une priorité claire : l’humain. « L’IA est importante, mais les humains le sont davantage », a-t-il insisté, appelant à des mécanismes de gouvernance qui garantissent que le progrès technologique ne se fasse pas au détriment des droits sociaux et des emplois. La délégation marocaine continue d’échanger à Genève avec les partenaires internationaux pour défendre un modèle de transition numérique ancré dans le dialogue social et la protection des travailleurs.