Zimbabwe adopte une loi prolongeant le mandat présidentiel de Mnangagwa à sept ans
Le Parlement zimbabwéen adopte une loi prolongeant le mandat présidentiel et repoussant les élections à 2030
Le 18 juin 2026, l’Assemblée nationale du Zimbabwe a voté la prolongation du mandat présidentiel de 5 à 7 ans, reportant les élections à 2030 — contestée.
La chambre basse du Parlement zimbabwéen a adopté, le 18 juin 2026, un texte de loi modifiant la Constitution pour prolonger la durée du mandat présidentiel de cinq à sept ans et décaler les élections présidentielles prévues en 2028 à 2030. Le projet, approuvé par 216 députés, a dépassé la majorité des deux tiers requise de 187 voix. Il prévoit également de changer le mode d’élection du président, qui passerait d’un vote populaire direct à une élection organisée par les législateurs.
Vote à l’Assemblée nationale: 216 voix pour
Le vote de l’Assemblée nationale a été tenu jeudi, et le résultat officiel indique 216 voix favorables au projet de loi. Cette majorité outrepasse le seuil des deux tiers requis pour une modification constitutionnelle. Les partisans du texte, majoritairement membres du parti au pouvoir ZANU‑PF, ont souligné la conformité du vote avec les procédures parlementaires, tandis que les opposants ont dénoncé ce qu’ils qualifient de manipulation institutionnelle.
Changements constitutionnels et calendrier électoral
Les amendements proposés déplacent la fin du mandat présidentiel de 2028 à 2030 en allongeant la durée de chaque mandat de cinq à sept ans. Le texte prévoit aussi un changement du mode de désignation du chef de l’État : au lieu d’un scrutin populaire direct, le président serait élu ou confirmé par les parlementaires. Les partisans affirment que ces modifications renforceront la continuité et la stabilité de l’exécutif, alors que les détracteurs estiment qu’elles affaiblissent la participation citoyenne et la responsabilité démocratique.
Passage attendu au Sénat et majorité du ZANU‑PF
Le projet de loi doit désormais être examiné et voté par le Sénat. Le parti ZANU‑PF dispose d’une influence significative dans la chambre haute, notamment par l’intermédiaire de chefs traditionnels et de mandataires qui ont tendance à soutenir les positions du parti au pouvoir. Les observateurs parlementaires notent que, compte tenu de cette composition, l’adoption par le Sénat est considérée comme hautement probable, ouvrant la voie à une ratification finale des amendements constitutionnels.
Opposition, recours judiciaires et critiques
Des militants, vétérans de la guerre d’indépendance et membres de l’opposition ont intenté des recours judiciaires pour contester la légalité du projet. Selon des sources parlementaires, certains dossiers ont été rejetés ou radiés pour des motifs formels cette semaine, empêchant pour l’instant un examen de fond par les tribunaux. Les critiques affirment que la réforme vise principalement à permettre au président Emmerson Mnangagwa, âgé de 83 ans, de rester au pouvoir au‑delà de la fin de son second mandat en 2028. Ils mettent en garde contre une érosion des garanties démocratiques.
Arguments des partisans et soutien gouvernemental
Les partisans du changement, dont des membres influents du ZANU‑PF, soutiennent que l’allongement du mandat et la nouvelle modalité électorale renforceront la stabilité politique et la responsabilité de l’exécutif envers les institutions représentatives. Le projet a reçu le soutien formel du cabinet en février, selon des communiqués internes, et certains responsables du parti ont fait valoir que le calendrier et les procédures proposés permettaient une gouvernance plus continue pour mener à bien des programmes de long terme. Des manifestations de soutien à certains rassemblements du ZANU‑PF, où des slogans en faveur d’un mandat prolongé ont été scandés il y a près de deux ans, avaient déjà suggéré cette volonté de maintien.
Comparaison avec d’autres dirigeants africains de longue date
La décision s’inscrit dans un contexte régional où plusieurs États africains ont vu des dirigeants prolonger leur séjour au pouvoir par des réformes constitutionnelles ou des interprétations juridiques. Des figures de longue date sont régulièrement citées dans ce débat : Paul Biya, au Cameroun, est depuis des décennies à la tête de l’État; Teodoro Obiang Nguema Mbasogo dirige la Guinée équatoriale depuis plusieurs décennies; d’autres présidents ont, au fil du temps, modifié ou contourné des limites constitutionnelles pour rester en fonction. Ces exemples servent tantôt de mises en garde pour les défenseurs de la démocratie, tantôt d’illustrations invoquées par les partisans de la stabilité prolongée.
La décision prise par l’Assemblée nationale marque une étape majeure dans l’évolution politique du Zimbabwe. Si le Sénat ratifie le texte et si la loi entre en vigueur, le calendrier électoral et le mode d’élection seront profondément transformés, avec des conséquences directes sur la compétition politique, la représentation populaire et la trajectoire institutionnelle du pays jusqu’en 2030.