À Maiduguri, des femmes persuadent les gangs de renoncer à la violence
Maiduguri : des cercles de paix dirigés par des femmes tentent de freiner la violence des gangs
À Maiduguri, des femmes et d’anciens membres de gangs ont instauré des cercles de paix pour freiner la violence des Marlians, mais la stabilité reste fragile.
Mohammed Abdulhamid, mutilé lors d’une attaque de gang en 2023, est devenu l’image d’une dynamique locale où victimes et anciens protagonistes cherchent à sortir d’un cycle de violence. Incapable de reprendre son activité de menuisier après la mutilation de plusieurs doigts, il consacre désormais son temps à dissuader des adolescents de rejoindre des groupes armés. Cette transformation individuelle s’inscrit dans une stratégie communautaire plus large visant à réduire les affrontements entre gangs et à prévenir les représailles aveugles qui marquent plusieurs quartiers de Maiduguri et de Jere.
Un témoignage : blessures et renoncement
Mohammed ne se rappelle plus précisément de son âge, mais il garde en mémoire la soirée qui l’a privé de sa capacité de travail. Son geste de salut, réduit et maladroit, témoigne d’une vie marquée par la violence. Plusieurs anciens membres de gangs ont suivi un parcours comparable : confrontés à la réalité des blessures infligées et subies, certains choisissent de renoncer aux armes. Ceux qui quittent la spirale doivent cependant affronter des incapacités physiques, des stigmates sociaux et l’absence de soutien formel pour reconstruire une vie professionnelle et familiale.
Violence des Marlians et contexte local
Les groupes de jeunes connus localement sous le nom de Marlians ont multiplié les attaques à l’arme blanche, les braquages et les embuscades à l’aide de moyens artisanaux et de tricycles commerciaux détournés. En 2023, l’escalade des affrontements a poussé le gouvernorat à lancer des opérations de sécurité ciblées. Mais la violence s’inscrit dans un contexte plus profond : la région de Borno subit depuis plus d’une décennie les séquelles d’un conflit armé, déplacements massifs et traumatismes collectifs ayant façonné des générations exposées quotidiennement à l’usage de la force.
Médiation communautaire et rôle des femmes
Face à l’inefficacité des seules réponses sécuritaires, des initiatives locales ont opté pour la médiation. Des associations de femmes et des organisations communautaires ont mis en place des rencontres régulières avec des chefs de gangs, privilégiant le dialogue et la persuasion plutôt que la seule répression. Ces collectifs ont formé des médiatrices pour conduire des réunions hebdomadaires, organiser des sessions de sensibilisation à la paix le dimanche et établir des relais avec les forces de sécurité pour désamorcer les tensions naissantes. Le choix de confier ces missions à des femmes a d’abord affronté des résistances, mais il a progressivement changé les perceptions au sein des quartiers concernés.
Formation et engagement des anciens membres
Entre 2018 et 2021, plusieurs programmes de dialogue ont ciblé des communautés instables, proposant aux jeunes impliqués des alternatives au conflit. De nombreux participants ont accepté d’abandonner la violence et certains ont formé des groupes d’anciens combattants reconvertis en promoteurs de paix. Ces anciens trouvent un rôle dans la prévention des violences en encadrant les jeunes et en collaborant à des comités locaux de résolution des conflits. Toutefois, la transition reste fragile : certains anciens redoutent encore des représailles et se déclarent exposés aux menaces des groupes rivaux qui n’ont pas renoncé à la vendetta.
Obstacles à la paix durable
Les acquis sont loin d’être assurés. L’absence d’un cadre formel de réintégration rend la sortie définitive du crime incertaine pour plusieurs ex-membres. Des menaces de vengeance persistent, tandis que la baisse des financements internationaux contraint des initiatives de médiation à réduire leur action ou à s’auto-financer. La consommation de drogues illicites, la pauvreté et l’héritage de traumatismes collectifs continuent d’alimenter les facteurs qui poussent les jeunes vers le banditisme. Les responsables locaux évoquent la nécessité d’un soutien soutenu et multidimensionnel — économique, psychologique et sécuritaire — pour consolider les progrès.
Perspectives et besoins de réintégration
Pour ceux qui ont renoncé à la violence, la reconstruction matérielle et morale est une priorité. Certains cherchent à lancer de petites entreprises — atelier de couture ou commerce — mais manquent d’épargne et d’accompagnement technique. Les handicaps physiques, comme ceux dont souffre Mohammed, diminuent les chances de retour à un emploi stable sans programmes d’insertion adaptés. Les voix locales insistent sur la patience et la persévérance : aider les jeunes à élaborer un projet de vie non violent est considéré comme la clé pour diffuser la paix dans toute la communauté.
La trajectoire de Maiduguri montre que la réduction de la violence passe autant par la transformation sociale et la médiation que par les opérations de sécurité. Sans mécanismes de soutien durables et sans financement régulier, les cercles de paix demeurent vulnérables, mais leur succès auprès de plusieurs centaines de jeunes montre qu’une alternative à la confrontation armée est possible. Pour pérenniser ces accomplissements, les acteurs locaux demandent des ressources pour la formation professionnelle, l’assistance psychosociale et la création d’emplois, afin de garantir que l’abandon des armes se traduise par des perspectives tangibles et sûres pour les personnes concernées.