La police kenyane disperse la commémoration du deuxième anniversaire des manifestations de 2024
Nairobi : la police disperse les commémorations du deuxième anniversaire des violences de 2024
À Nairobi, la police a dispersé les commémorations du second anniversaire des violences de 2024, arrêtant 355 personnes; familles réclament justice au Kenya.
La police kenyane a dispersé vendredi des rassemblements commémoratifs et procédé à des arrestations alors que des citoyens, des opposants et des familles de victimes tentaient de marquer le deuxième anniversaire des manifestations de 2024 qui avaient tourné à la violence et causé la mort d’au moins 60 personnes. Les autorités ont déployé des barrages, des camions dotés de canons à eau et des unités équipées de gaz lacrymogènes pour empêcher les manifestants d’atteindre le Parlement et d’organiser des cérémonies publiques de dépôt de fleurs.
Arrestations massives annoncées par le ministre de l’Intérieur
Le ministre de l’Intérieur, Kipchumba Murkomen, a déclaré que 355 personnes avaient été interpellées dans plusieurs régions du pays au cours des opérations. Il a qualifié les personnes arrêtées de criminels et a présenté des excuses pour les désagréments causés par les mesures de sécurité, tout en défendant leur efficacité pour maintenir l’ordre public. Parmi les lieux visés figurent des points de rassemblement à Nairobi où des groupes avaient prévu de déposer des fleurs et de tenir des veillées en mémoire des victimes de 2024.
Blocages et déploiement policier dans le centre de Nairobi
À Nairobi, le centre des affaires est resté partiellement fermé et des commerces ont choisi de garder portes closes tandis que la police installait des barrages routiers. Des témoins ont rapporté l’usage de gaz lacrymogènes pour disperser des groupes qui se rassemblaient pacifiquement près d’un poste de police après l’arrestation de plusieurs personnes devant le Parlement. Les forces de l’ordre ont également employé des canons à eau et des barrières pour prévenir tout mouvement de foule vers l’enceinte parlementaire.
Témoignages des familles des victimes et demandes de réparation
Des parents et proches des personnes tuées en 2024 ont tenté de se rendre au Parlement pour déposer des fleurs et rendre hommage à leurs enfants. Edith Wanjiku, mère d’un jeune de 19 ans tué lors de la répression, a dit avoir été choquée par l’impossibilité d’accéder au site pour pleurer son fils. Elle a demandé au président William Ruto que les responsables identifiés pour des violences meurtrières soient traduits devant la justice et que les familles bénéficient d’une compensation. Les organisateurs ont réitéré leur exigence d’une enquête crédible sur les comportements de la police et de garanties contre l’usage disproportionné de la force.
Contexte des violences de 2024 et inquiétudes persistantes
Les commémorations s’inscrivaient dans un climat de tensions accumulées depuis les grandes manifestations antigouvernementales de 2024 qui ont suivi une hausse des taxes et des prix. Ces événements avaient dégénéré après que des manifestants eurent pénétré dans les abords du Parlement, conduisant à une réponse policière violente et à de nombreux décès. Depuis, plusieurs mouvements sociaux et grèves, dont des actions de syndicats de transport et des mobilisations politiques, ont entretenu un état de mécontentement latent que les autorités disent vouloir contenir pour éviter une répétition des scènes de 2024.
Réponses du gouvernement et annonces financières
Le gouvernement a reconnu par le passé des cas d’actions excessives de certains membres des services de sécurité et a annoncé des mesures d’indemnisation. L’exécutif a déclaré la semaine précédente qu’une enveloppe de deux milliards de shillings kenyans avait été mise de côté pour les victimes d’abus liés aux manifestations. Les défenseurs des droits et des manifestants estiment cependant que ces engagements financiers ne suffisent pas et continuent d’appeler à des enquêtes indépendantes et à des réparations effectives.
Appels à une enquête indépendante et perspectives politiques
Les organisateurs et des voix de l’opposition ont demandé une enquête indépendante sur les événements de 2024 et sur les méthodes employées lors des opérations de dispersion récentes. Ils demandent aussi des assurances juridiques et institutionnelles pour que les commémorations puissent se tenir sans entrave à l’avenir. La crainte d’une nouvelle escalade plane, alors que le pouvoir affirme vouloir assurer la sécurité publique et que l’opposition et les familles des victimes réclament transparence et responsabilité.
Les cérémonies interrompues et les arrestations de masse révèlent la fragilité persistante du climat politique et social au Kenya, deux ans après les violences. Les familles et les organisations de la société civile exigent désormais non seulement des réparations financières, mais aussi des garanties durables de protection des droits et des procédures judiciaires pour les cas d’abus allégués, afin d’éviter que le souvenir des victimes ne soit à nouveau réduit au silence.