Enregistrement des naissances au Cameroun : mairies et UNICEF enregistrent des milliers d’enfants
Municipalités camerounaises renforcent l’enregistrement des naissances pour protéger l’enfance
Au Cameroun, des municipalités comme Garoua 2 et Tiko intensifient l’enregistrement des naissances afin de réduire le nombre d’enfants sans identité légale et d’assurer l’accès à l’école et à d’autres droits fondamentaux
Depuis un an, des initiatives locales ont transformé l’accès aux actes de naissance dans plusieurs communes camerounaises, aboutissant à des récompenses publiques et à une simplification des démarches administratives. Le phénomène met en lumière une problématique persistante de protection de l’enfance : des centaines de milliers d’enfants restent sans identité légale, ce qui limite leur accès à l’école, aux examens nationaux et à des services essentiels. Les efforts combinés des collectivités locales, des centres de santé et de partenaires externes ont permis d’enregistrer des milliers d’enfants, mais des obstacles administratifs et socioculturels continuent d’entraver la couverture complète.
Garoua 2 distinguée pour ses progrès
La municipalité de Garoua 2 a reçu une reconnaissance pour ses performances en matière d’enregistrement des naissances après avoir accéléré la délivrance d’actes officiels. L’introduction d’un système d’état civil numérique a réduit les délais de traitement, rendant possible la remise de certificats en quelques minutes au lieu d’attendre des semaines. Le maire a symboliquement célébré ce succès, qui traduit des mois de mobilisation municipale pour rapprocher l’état civil des citoyens.
Déploiement national de la campagne et résultats chiffrés
Une campagne nationale a été lancée pour identifier et enregistrer les enfants sans documents légaux dans des centaines de communes et plusieurs villes. Depuis le démarrage, les responsables rapportent que plus de 17 000 enfants ont obtenu un acte de naissance grâce à des opérations de terrain et à des sessions de sensibilisation. Parallèlement, des services d’état civil ont été implantés au sein d’établissements de santé pour inscrire automatiquement les nouveaux nés et faciliter l’obtention des documents.
Tiko rapproche l’état civil des zones rurales
À Tiko, les autorités locales ont mis en place des mécanismes de collecte des déclarations de naissance dans les zones isolées en s’appuyant sur les chefs traditionnels. Des séances de sensibilisation pour les femmes enceintes dans les centres de santé ont renforcé la prise de conscience de l’importance de l’enregistrement précoce. Les chefs locaux documentent désormais les naissances dans les localités difficiles d’accès avant de transmettre les dossiers aux bureaux municipaux, ce qui a augmenté le nombre de certificats délivrés dans la commune.
Conséquences sur l’accès à l’éducation et aux services
L’absence d’acte de naissance a des répercussions directes sur le parcours scolaire. Dans de nombreuses écoles primaires, des élèves inscrits sans acte officielle se voient refuser l’accès aux examens clés et ne peuvent pas poursuivre en secondaire. Les chiffres évoquent plus d’un million et demi d’enfants scolarisés sans acte de naissance, soit environ 30 pour cent des inscrits au primaire, ce qui illustre l’ampleur du défi. Sans pièce d’identité, l’accès aux cartes nationales et à d’autres services administratifs reste bloqué.
Vulnérabilités et risques accrus pour les enfants
Les enfants dépourvus de documents sont moins visibles pour les services de protection et peuvent être exposés à des formes d’exploitation, y compris le travail illégal, le mariage précoce et le recrutement dans des groupes armés dans les zones affectées par le conflit. L’absence d’identification complique le suivi, l’intervention et la réintégration des enfants en situation de risque, et limite la capacité des autorités à assurer leur protection effective.
Obstacles administratifs et résistances socioculturelles
Malgré les avancées, plusieurs barrières subsistent. L’enregistrement tardif demeure problématique du fait de procédures judiciaires lourdes et coûteuses au-delà d’un an après la naissance. Dans certaines communautés, l’inscription des naissances n’est pas considérée comme une priorité et n’intervient qu’après une difficulté scolaire ou administrative. Des normes sociales néfastes persistent dans des zones rurales, où certains parents estiment que les filles n’ont pas besoin de papiers ou d’une scolarité complète. Ces perceptions alimentent le nombre d’enfants sans acte et accroissent les risques d’abandon scolaire et de mariage précoce.
Les efforts municipaux montrent cependant qu’une combinaison d’outils techniques et d’engagement communautaire porte ses fruits. La numérisation des registres, la présence de services d’état civil dans les structures de santé et l’implication des chefs traditionnels améliorent la couverture. Pour consolider ces gains, il faudra poursuivre la sensibilisation, simplifier les procédures légales et renforcer la coordination entre les services locaux et les partenaires.
La trajectoire observée dans ces communes camerounaises illustre qu’il est possible de réduire le déficit d’identification lorsqu’on associe mesures administratives, actions de terrain et changement des comportements sociaux. Le succès dépendra désormais de la capacité à étendre ces modèles à plus grande échelle et à maintenir l’effort pour que chaque enfant dispose d’une existence juridique reconnue.