Gaza : le photojournaliste Mohammed al-Qahouji réclame l’évacuation médicale des journalistes blessés
Un photographe grièvement blessé à Gaza entre devoir de reportage et besoin urgent d’évacuation médicale
Mohammed al‑Qahouji, photographe blessé à Gaza, cherche des soins spécialisés; le Syndicat des journalistes demande l’évacuation médicale pour les professionnels.
Chaque matin, Mohammed al‑Qahouji tente de reconstituer une existence marquée par une blessure reçue lors d’un raid aérien le 7 janvier 2024. Photographe indépendant âgé de 40 ans, il couvre la guerre depuis Gaza mais se heurte désormais à des douleurs chroniques à la mâchoire, à la main et au dos. Sa situation illustre le dilemme auquel sont confrontés de nombreux journalistes : continuer à documenter le conflit ou partir pour recevoir des soins irréalisables sur place.
Attaque du 7 janvier 2024 et pertes humaines
Le 7 janvier 2024, alors qu’il couvrait la récupération de corps dans le sud de la bande de Gaza avec deux collègues, une frappe aérienne a touché leur équipe au moment où ils regagnaient leur véhicule. Ses deux compagnons d’équipe ont été tués sur le coup; al‑Qahouji a survécu, mais sérieusement touché. Les secouristes l’ont d’abord cru mort avant de constater qu’il respirait encore. Cet épisode a marqué un point de bascule dans sa carrière et pour sa capacité à travailler sur le terrain.
Blessures, opérations et limitations fonctionnelles
L’explosion a provoqué des lésions faciales étendues, allant de l’œil jusqu’à une artère majeure, nécessitant l’implantation de plaques de titane au niveau des joues. Sa main droite a subi d’importantes atteintes des tendons et des articulations, conduisant à l’amputation d’un doigt. Des blessures de la colonne vertébrale ont laissé un engourdissement permanent des membres inférieurs, réduisant fortement sa capacité à rester debout ou à marcher longtemps. Plus de deux ans après l’attaque, il a déjà subi plus de 25 interventions chirurgicales et les médecins préconisent d’autres opérations reconstructrices et une rééducation prolongée, disponibles uniquement à l’étranger.
Conflit entre survie économique et besoins médicaux
Al‑Qahouji vit désormais dans un appartement de fortune après la destruction de son domicile en novembre 2023. Photographier reste sa seule source de revenus, mais il estime que ses blessures ont réduit près de 90 % de sa capacité de travail. Il se trouve dans un dilemme humain et professionnel : rester pour couvrir le conflit — qu’il qualifie lui‑même de « guerre génocidaire » — ou partir pour recevoir un traitement qui pourrait sauver sa main et réparer sa mâchoire. Il exprime le souhait simple de se soigner puis de pouvoir retourner sur le terrain.
Mobilisation du Syndicat des journalistes palestiniens
Le Syndicat des journalistes palestiniens (PJS) a organisé des sit‑in et présenté des dossiers médicaux pour demander l’évacuation des journalistes blessés. Le syndicat dénonce les obstacles à la sortie de Gaza pour soins spécialisés et souligne que plus de quarante journalistes vivent actuellement avec des séquelles graves ou des maladies nécessitant des traitements introuvables localement. Le PJS a mis en avant les centaines de professionnels des médias tués depuis le début du conflit et appelle à des mesures concrètes au‑delà de simples déclarations de préoccupation.
Cas de maladies chroniques et conséquences accumulées
Le parcours de Moaz al‑Salhi, 34 ans, illustre une autre facette du problème : celui des maladies chroniques non traitées. Diagnostiqué avec une forme sévère de la maladie de Crohn avant la guerre, il devait recevoir un traitement biologique en octobre 2023. Le conflit l’en a empêché et son état s’est détérioré par épisodes, provoquant des hospitalisations répétées. Pour tenir, il emporte désormais ses médicaments avec son matériel photo. Sa santé s’effrite à chaque rechute et sa famille craint une dégradation irréversible s’il reste privé d’un accès régulier aux soins spécialisés.
Obstacles à l’évacuation médicale et état des infrastructures
L’accès aux soins spécialisés depuis Gaza reste extrêmement limité. Le siège imposé et les restrictions de mouvement ralentissent ou empêchent les sorties pour traitement. La destruction d’hôpitaux et de services de santé a réduit la capacité locale à traiter des blessures graves et des pathologies complexes. Le terminal de Rafah, voie principale pour se rendre en Égypte et au‑delà, n’a été ouvert que de manière partielle et intermittente, permettant le départ d’un nombre restreint de patients. Des mécanismes d’évacuation médicale existent mais ne couvrent qu’une fraction des besoins, laissant des milliers de patients sur liste d’attente.
Les journalistes blessés et malades évoquent une urgence humanitaire doublée d’un défi administratif et sécuritaire : obtenir les autorisations nécessaires, garantir un accompagnement médical et assurer le retour une fois le traitement terminé. Le syndicat réclame que les dossiers médicaux soient pris en compte et que des corridors humanitaires effectifs soient établis pour permettre des évacuations sûres et rapides.
Les cas comme ceux d’al‑Qahouji et d’al‑Salhi posent une question simple et pressante pour les autorités et les acteurs humanitaires : comment garantir le droit aux soins pour des professionnels qui ont couvert la crise dès ses débuts et qui se retrouvent désormais eux‑mêmes en situation de détresse médicale? Leur avenir médical et professionnel dépend d’un accès élargi à des traitements spécialisés et d’une coordination internationale rapide.