Université islamique de Gaza : laboratoires détruits, formation pratique en péril
Université islamique de Gaza : laboratoires détruits, formation médicale sur les ruines
Depuis oct. 2023, l’Université islamique de Gaza a perdu laboratoires, équipements et bibliothèque; la communauté universitaire tente de maintenir la formation.
Avant le déclenchement du conflit le 8 octobre 2023, l’Université islamique de Gaza figurait parmi les principales institutions publiques de l’enclave, offrant une formation pratique solide en médecine, sciences de la santé et ingénierie. Trois ans après le début des frappes et des restrictions de circulation, l’établissement fait face à une destruction massive de ses infrastructures, à la perte d’équipements essentiels et à une transformation radicale des méthodes d’enseignement, tandis que étudiants et personnels multiplient les initiatives pour préserver la continuité académique.
Bilan des destructions depuis octobre 2023
Les conséquences matérielles sont considérables : 19 bâtiments universitaires ont été rasés, près de 500 salles de cours et environ 200 laboratoires scientifiques ont été gravement endommagés. En outre, quelque 75 laboratoires informatiques ont perdu leur capacité opérationnelle et la bibliothèque centrale a été privée de plus de 240 000 livres, revues et thèses. La faculté de médecine a elle-même été détruite le 9 décembre 2023, privant les étudiants d’un pôle de formation pratique irremplaçable. Le coordinateur des laboratoires rapporte que du matériel récemment reçu — squelettes pédagogiques, modèles anatomiques — est devenu inutilisable après les bombardements, aggravant l’écart entre enseignement théorique et pratique.
Impact sur la formation pratique en sciences et santé
La destruction des laboratoires empêche l’apprentissage par la manipulation d’appareils et d’échantillons, socle des cursus en microbiologie, biochimie, hématologie et diagnostic moléculaire. Beaucoup de cours reposant sur des séances pratiques ne peuvent plus être dispensés que sous forme théorique ou via des démonstrations enregistrées. Les responsables universitaires soulignent que les simulations et vidéos offrent une solution temporaire mais ne remplacent pas l’expérience directe avec microscopes, incubateurs, réactifs et autres équipements indispensables à la formation professionnelle. Les coupures d’électricité répétées, l’accès limité à Internet et la conversion d’espaces pédagogiques en abris pour personnes déplacées compliquent encore le retour à des pratiques normales.
Témoignage d’une étudiante déplacée vers la pratique hospitalière
Pour de nombreux étudiants en médecine, la salle de classe a été remplacée par les couloirs d’hôpitaux surchargés. Deema Muhaisen, étudiante en médecine, raconte comment ses heures de laboratoire ont été remplacées par des enseignements improvisés au chevet des patients et par un engagement bénévole dans les services d’urgence et chirurgicaux. Privés de supervision académique régulière et d’équipements d’apprentissage, les étudiants ont intégré le travail clinique pour compenser, en apprenant sur le tas dans des conditions extraordinaires. Ces expériences ont renforcé leur sens des responsabilités, mais la formation reste incomplète sans l’accès à des outils et à des laboratoires formels.
Mesures temporaires et innovations pédagogiques adoptées
Pour répondre à l’urgence, l’université a multiplié les solutions : création de cinq succursales locales pour rapprocher l’enseignement des étudiants dispersés, recours renforcé à l’enseignement en ligne, utilisation de simulations numériques et d’expériences enregistrées, et réorientation des programmes vers davantage de stages pratiques en hôpitaux et centres de santé. Les équipes académiques coopèrent avec les établissements de soins afin de combiner théorie et pratique sur le terrain. Les responsables reconnaissent toutefois que ces mesures restent limitées : elles atténuent le déficit mais ne rendent pas disponible l’ensemble des compétences acquises habituellement en laboratoire.
Reconstruction matérielle et obstacles logistiques
Redonner vie à l’université exige bien plus que la remise en état de bâtiments : il faut reconstruire un écosystème éducatif complet. Les besoins sont précis : microscopes, incubateurs, appareils de stérilisation, outils d’analyse, ordinateurs spécialisés, produits chimiques et réactifs, ainsi que pièces de rechange et matériel de maintenance. Le siège et les contraintes d’importation compliquent l’accès à ces fournitures, retardant les plans de reconstruction qui dépendent de financements et d’un flux sécurisé de matériel. Les autorités universitaires insistent sur le fait que restaurer la capacité d’enseignement pratique est indispensable pour former les professionnels dont Gaza aura besoin pour la reconstruction et les soins de santé.
Les efforts actuels de l’université et la mobilisation des étudiants témoignent d’une volonté de préserver la continuité éducative malgré les destructions. Mais la reprise durable exige un engagement soutenu pour rééquiper les laboratoires, garantir l’accès aux matériaux essentiels et permettre un retour progressif à l’enseignement en présentiel. Investir aujourd’hui dans la restauration des capacités académiques revient, selon les acteurs sur place, à investir dans la relance à long terme de la société et des services essentiels.