Ruto ordonne la fermeture des petits commerces et vendeurs ambulants étrangers au Kenya
Le Kenya ordonne la fermeture des petits commerces tenus par des étrangers à partir du 7 septembre
Le président William Ruto a demandé la fermeture des petits commerces et du colportage exploités par des étrangers, provoquant incertitude sur les permis et l’avenir des investissements.
Le président William Ruto a annoncé début septembre une directive visant à interdire aux ressortissants étrangers d’exploiter de petits magasins de détail et d’exercer le colportage, ordonnant aux autorités de commencer les fermetures à partir du 7 septembre. L’annonce, faite lors d’une allocution aux acteurs des micro, petites et moyennes entreprises (MPME), distingue ces activités commerciales à faible capital des investissements étrangers jugés bénéfiques lorsqu’ils apportent capitaux, technologies et emplois. La décision suscite des questions sur l’application concrète des règles, la protection des droits des titulaires de permis et les conséquences pour le climat d’investissement.
Décision présidentielle et calendrier
Le chef de l’État a formulé l’ordre lors d’une prise de parole le 2 septembre, en demandant une application immédiate à compter du 7 septembre. Il a aussi instruit des responsables parlementaires et gouvernementaux d’accélérer l’examen et l’adoption du projet de loi sur le contenu local prévu pour 2025. Selon la directive, le colportage et les petits magasins de proximité doivent être réservés aux citoyens kenyans, tandis que les activités nécessitant davantage de capitaux restent ouvertes aux investisseurs étrangers.
Mesures administratives et incertitudes réglementaires
Le gouvernement a indiqué que des mesures administratives accompagneront la directive pendant que le Parlement examine le projet de loi sur le contenu local. Des consignes ont été données pour revoir les conditions et exigences des permis délivrés aux investisseurs et commerçants étrangers, en impliquant le Département d’État pour l’immigration. Toutefois, aucune liste exhaustive des entreprises visées ni d’estimation du nombre de ressortissants concernés n’a été publiée, ce qui crée une zone d’incertitude pour les entrepreneurs étrangers titulaires de permis en cours de validité.
Cas Tata Chemicals et différenciation des dossiers
Parallèlement à la directive sur le petit commerce, le gouvernement a engagé des actions distinctes contre Tata Chemicals Magadi, dont les opérations au lac Magadi ont été suspendues en juillet pour des motifs de conformité minière. Le président a déclaré, début septembre, son intention d’exclure l’entreprise si les exigences locales ne généraient pas d’avantages suffisants pour les communautés locales, tout en évoquant le recours à d’autres opérateurs pour développer des industries chimiques et verrières dans la région. Les autorités disent faire la distinction entre le litige industriel avec des sociétés extractives et la politique ciblant le commerce de détail de faible capital.
Portée économique des investissements étrangers au Kenya
Les investissements directs étrangers représentent une part significative du stock d’investissement du pays. Les derniers chiffres nationaux disponibles indiquent un stock d’IDE évalué au lendemain de 2023 à environ 1,458 billion de shillings kenyans, avec une hausse annuelle et une contribution importante aux emplois formels des entreprises. Les sociétés à capitaux étrangers employaient des centaines de milliers de personnes, la grande majorité étant des salariés kenyans. Les mesures visant spécifiquement le petit commerce ne portent que sur une fraction du spectre d’activités couvertes par l’IDE, mais leur impact symbolique peut influencer la perception des investisseurs.
Réactions d’experts et risques pour l’emploi et les prix
Des universitaires et consultants en affaires internationales estiment que la mesure peut protéger des commerçants locaux et favoriser la création d’emplois si elle est appliquée avec clarté et prévisibilité. Ils soulignent toutefois que si la mise en œuvre est imprévisible, elle risque de dissuader des investisseurs, d’accroître les coûts opérationnels et, par ricochet, de peser sur les prix à la consommation. Les observateurs insistent sur la nécessité de distinguer les investisseurs qui apportent capital, technologies et débouchés d’exportation des activités commerciales à faible capital qui concurrencent directement les entrepreneurs locaux.
Les autorités ont aussi précisé que les étrangers respectant les conditions légales et titulaires des permis requis resteraient protégés, tandis que le gouvernement affirmera des règles plus strictes pour de nouvelles activités de petite échelle.
Le gouvernement kenyan doit maintenant clarifier les modalités d’application — calendrier précis, critères d’identification des entreprises visées, mécanismes de recours pour les titulaires de permis et mesures d’accompagnement pour les commerçants kenyans — afin de réduire l’incertitude et d’assurer que la politique atteigne ses objectifs sans déstabiliser le climat d’investissement.