L’Afrique exige des sièges permanents avec veto au Conseil de sécurité de l’ONU
ONU : l’Afrique réclame des sièges permanents et relance le débat sur le veto à la 81e Assemblée générale
À la 81e Assemblée générale, l’Afrique réclame au moins deux sièges permanents au Conseil de sécurité de l’ONU, ravivant le débat sur le veto et la réforme.
L’Assemblée générale des Nations Unies a de nouveau placé la demande d’une représentation permanente africaine au cœur des débats lors de sa 81e session. Des dirigeants africains ont exigé que le Conseil de sécurité soit adapté aux réalités géopolitiques actuelles, en demandant des sièges permanents pour le continent — avec, selon plusieurs déclarations, les mêmes droits que les membres actuels, y compris le veto tant que cet instrument existe. Ces revendications relancent des négociations anciennes et mettent en lumière les obstacles juridiques et politiques qui empêchent, depuis des années, une réforme significative de l’organe le plus puissant de l’ONU.
Appels renouvelés pour des sièges permanents africains
Lors de l’ouverture de la session, plusieurs chefs d’État et représentants africains ont réaffirmé la nécessité d’au moins deux sièges permanents pour l’Afrique et de cinq sièges non permanents supplémentaires dans un Conseil élargi. Le vice-président du Nigeria, prenant la parole pour son pays, a demandé explicitement des sièges permanents « avec droit de veto aussi longtemps que le veto existe », tandis que d’autres dirigeants ont présenté la réforme comme une question de légitimité et de crédibilité pour l’organisation mondiale. L’Union africaine maintient une position commune réclamant une représentation renforcée et la capacité de déterminer quels États africains occuperaient ces sièges.
Processus de réforme au point mort depuis 2008
Les négociations intergouvernementales sur la réforme du Conseil de sécurité ont été officiellement lancées en 2008. Elles portent sur la taille du Conseil, la catégorie des membres, la représentation régionale et le statut du veto. Malgré des années de discussions, aucun accord sur ces questions fondamentales n’a été atteint. Toute modification de la composition permanente implique un amendement à la Charte des Nations Unies, soumis à une procédure exigeant l’approbation des deux tiers de l’Assemblée générale et la ratification de deux tiers des États membres, incluant les cinq membres permanents actuels. Ce cadre juridique confère aux États disposant déjà du statut permanent un pouvoir de blocage effectif sur toute réforme qui les affecterait.
Le Nigeria et d’autres candidatures africaines
Le Nigeria a réitéré sa volonté d’assumer un rôle permanent au Conseil, présentant sa candidature comme celle d’un État capable de représenter la région et d’exercer une influence diplomatique accrue. L’Égypte et l’Afrique du Sud ont aussi exprimé, depuis plusieurs années, leur intérêt pour des sièges permanents, et d’autres États du continent ont manifesté des ambitions ou un soutien à la cause. L’Union africaine, cependant, n’a pas désigné de pays précis pour occuper d’éventuels nouveaux sièges ; sa démarche vise à garantir que le continent soit représenté par des États choisis selon des critères régionaux et un consensus continental.
Le droit de veto, principal obstacle politique
La question du veto demeure l’obstacle le plus sensible. Le Consensus d’Ezulwini et plusieurs positions africaines plaident pour que de nouveaux membres permanents bénéficient des mêmes droits que les membres actuels, y compris le veto, si cet instrument subsiste dans la pratique du Conseil. D’autres voix estiment qu’accorder un droit de veto supplémentaire simplement multiplierait les blocages et fragiliserait la capacité d’action du Conseil. Le débat oppose donc deux logiques : l’égalité de statut pour corriger l’injustice historique, et la recherche d’un mécanisme qui préserve l’efficacité décisionnelle de l’organe.
Conséquences pour les opérations de paix et la légitimité du Conseil
L’absence de représentants africains permanents influence la gestion des dossiers africains au Conseil. Une part significative des résolutions au titre du Chapitre VII ces dernières années concernent le continent, et les mandats des missions de paix qui y sont déployées dépendent des décisions prises par l’organe. Des responsables et observateurs interrogés lors de la session ont souligné que le format actuel limite la marge de manœuvre des membres non permanents africains et peut affecter la confiance des parties au conflit dans la composition et la conduite des opérations. La demande de sièges permanents est présentée comme condition nécessaire pour que l’Afrique pèse continuellement sur les décisions qui la concernent.
Les enjeux restent cependant multiples et interconnectés : combien de sièges permanents ajouter, quels États représenteraient l’Afrique, quel statut juridique et politique ces sièges auraient, et comment concilier ces changements avec les intérêts des membres permanents actuels. Tant que ces questions clés ne trouveront pas de compromis politique et d’acceptation juridique, la structure du Conseil de sécurité restera pour beaucoup un vestige de l’après‑Seconde Guerre mondiale, difficile à adapter aux équilibres du XXIe siècle.