Éthiopie reprise des combats au Tigré menace l’accord de paix de Pretoria
Nouvelle escalade en Éthiopie : l’accord de paix de 2022 menacé par une alliance armée
Escalade des combats entre l’armée fédérale et le TPLF en Éthiopie menace l’accord de paix de novembre 2022; une alliance armée accroît le risque d’une reprise.
L’intensification récente des affrontements entre l’armée fédérale éthiopienne et les forces du Front de libération du Tigré (TPLF) fait craindre l’effondrement de l’accord de paix signé à Pretoria en novembre 2022. La flambée de violence survient après la formation d’une alliance regroupant plusieurs mouvements armés d’Éthiopie, qui ont déclaré vouloir renverser le gouvernement central. Chaque camp accuse l’autre d’être à l’origine de la nouvelle spirale de violences, tandis que les combats se sont étendus au-delà du Tigré vers les régions voisines d’Afar et d’Amhara.
Escalade des combats et zones affectées
Les affrontements comprennent des combats terrestres de faible à moyenne intensité, des frappes de drones et des prises de contrôle d’infrastructures aéroportuaires. Des villes frontalières du nord et du nord-est enregistrent des combats nocturnes et des mouvements de troupes, et le conflit a entraîné des ruptures de services civils, notamment l’interruption des vols dans plusieurs aéroports de la région. Les déclarations contradictoires des parties rendent difficile la vérification indépendante des gains territoriaux et des pertes humaines.
Rappels historiques et bilan de l’accord de Pretoria
Le TPLF, né comme mouvement armé au siècle dernier, a occupé une place dominante dans la vie politique éthiopienne pendant des décennies avant d’être marginalisé après la transformation du paysage partisan en 2018. La confrontation ouverte entre le gouvernement fédéral et le TPLF a dégénéré en guerre en novembre 2020, un conflit meurtrier qui a provoqué des déplacements massifs et des destructions étendues. L’accord conclu en novembre 2022 avait mis fin aux opérations à grande échelle mais a laissé de nombreux points de frictions non résolus, notamment le désarmement, le retrait des forces extérieures et le statut de certaines zones contestées.
Contestation territoriale autour de l’ouest du Tigré
L’un des nœuds majeurs du conflit reste le contrôle de l’ouest du Tigré. Des milices et forces issues de la région voisine d’Amhara avaient pris le contrôle de secteurs de l’ouest tigréen pendant la guerre, provoquant d’importants déplacements de population. Les autorités tigréennes exigent la restitution de ce territoire et le retour des déplacés, tandis que des acteurs locaux à Amhara contestent la légitimité de ces revendications, invoquant des révisions des frontières héritées des années 1990. Ces rivalités territoriales alimentent les tensions et compliquent la mise en œuvre des accords politiques post-conflit.
Formation d’une alliance nationale d’opposants
Sept mouvements armés ont annoncé la création d’une coalition nationale dont les composantes majeures incluent le TPLF, le Mouvement national Amhara Fano et l’Armée de libération Oromo (OLA). D’autres groupes issus des régions Somali, Afar et Benishangul-Gumuz figurent également parmi les membres. Malgré des histoires et des objectifs divergents, ces forces convergent sur la volonté de contester l’autorité du gouvernement central. L’alliance marque un réalignement significatif des participations armées observées lors du conflit précédent et souligne la complexité des alliances locales et régionales.
Conséquences humanitaires et contrôle des infrastructures
Les nouvelles hostilités aggravent une situation humanitaire déjà fragile. Des centaines de milliers de personnes restent déplacées à l’intérieur du Tigré depuis la guerre précédente, et la reprise des combats menace davantage de populations vulnérables, d’installations de santé et de circuits d’aide. La saisie d’aéroports et d’autres points névralgiques entrave l’acheminement du secours humanitaire et l’accès aux soins. Les chiffres officiels avancés par les parties à l’affrontement ne peuvent être vérifiés indépendamment, ce qui rend incertaine l’évaluation précise des victimes et des besoins.
Risque d’extension régionale et réactions diplomatiques
Le conflit présente un risque d’escalade au-delà des frontières internes, avec des inquiétudes sur d’éventuelles implications régionales. Des accusations récurrentes visant des acteurs extérieurs exacerbent les tensions diplomatiques. Les instances régionales et continentales ont appelé à la désescalade et à la reprise urgente des négociations dans le cadre de l’accord de 2022, demandant aux parties engagées de revenir à la table pour prévenir une dérive vers une guerre plus étendue.
La situation demeure volatile : les forces en présence poursuivent des opérations locales tandis que la population civile paie le prix le plus lourd. La tenue d’un dialogue politique rapide, la protection des populations et la remise en œuvre des mécanismes de l’accord de Pretoria apparaissent essentiels pour éviter un retour à un conflit généralisé.