Edward Rukidi Nyabongo I couronné roi de Tooro dans une succession contestée
Un journaliste est couronné 13e roi du royaume Tooro dans une cérémonie contestée
Edward Rukidi Kijanangoma, 56 ans, prend le titre d’Edward Rukidi Nyabongo I après une sélection de clan qui clôt une querelle de succession née du décès du roi Oyo en août 2026.
Un journaliste ougandais a été intronisé mardi 29 septembre 2026 comme 13e monarque du royaume Tooro, mettant officiellement fin à une dispute dynastique qui avait éclaté après la mort en août 2026 du roi Oyo Nyimba Kabamba Iguru Rukidi IV. Edward Rukidi Kijanangoma, choisi par un comité de 21 membres du clan royal Babiito, a adopté le nom de règne Edward Rukidi Nyabongo I lors d’une cérémonie traditionnelle organisée à Fort Portal, la capitale culturelle du Tooro.
Désignation par le comité Babiito
Le choix de Kijanangoma a été rendu par un comité composé de 21 anciens du clan Babiito, instance coutumière chargée des affaires de la couronne. Les membres ont indiqué privilégier l’expérience et le lien de parenté : Kijanangoma est cousin du défunt roi Oyo Nyimba. Agé de 56 ans et connu pour sa carrière dans les médias, il était présenté par le comité comme une figure capable d’assurer la continuité des rituels et des fonctions symboliques du royaume.
Cérémonie traditionnelle à Fort Portal
La cérémonie de couronnement s’est déroulée à Fort Portal et a respecté des rituels coutumiers anciens, incluant, selon le protocole du royaume, l’abattage d’un taureau et l’aspersion de sang d’une poule, actes symboliques liés à la purification et à l’investiture. Nyabongo I a également participé à une procession nocturne vers le palais Karuziika et à une simulation de combat traditionnel, étapes prévues par les usages locaux. Les événements se sont tenus dans la nuit du lundi au mardi, entre minuit et 3 h, heure locale, le 29 septembre 2026.
Contexte de la succession et controverse familiale
La succession faisait suite au décès de l’ancien roi Oyo, emporté par un cancer à l’âge de 34 ans en août 2026. La disparition du monarque avait été suivie d’une révélation publique par la mère d’Oyo, Best Kemigisa, qui a affirmé qu’un fils jusque-là non divulgué avait vocation au trône. Cette déclaration a déclenché un différend: la mère et la princesse Ruth Komuntale ont exprimé leur opposition à la désignation de Kijanangoma, arguant de l’existence d’un héritier direct présenté comme ayant été choisi par le défunt dans un testament. Les autorités coutumières ont cependant estimé que, faute de preuve acceptée par les anciens, la procédure de désignation devait se poursuivre selon les règles du clan.
Profil du nouveau roi et réactions du milieu professionnel
Avant sa désignation, Edward Rukidi Kijanangoma était journaliste et présentateur au sein de la chaîne nationale UBC, où d’anciens collègues le décrivent comme humble et proche du public. Sa trajectoire professionnelle a été mise en avant par ses partisans pour souligner sa capacité à représenter les Batooro dans des fonctions symboliques modernes, culturelles et cérémoniales. Plusieurs voix au sein de la communauté ont salué son tempérament consensuel, tandis que d’autres ont critiqué le fait qu’il ne figurait pas dans la ligne directe de succession.
Incertitudes sur l’héritage et la légitimité
La revendication portée par la mère du défunt, évoquant un fils désigné comme héritier, soulève des questions de légitimité et de procédure. Des critiques ont rappelé que, selon la coutume, un héritier présomptif doit être présenté aux anciens du royaume du vivant du monarque pour être officiellement reconnu. L’absence d’une telle présentation et le manque de documents accessibles au clan Babiito expliquent en partie la décision de procéder au couronnement de Nyabongo I. La situation laisse toutefois persister une inquiétude communautaire et un risque de contestation judiciaire ou coutumière dans les semaines à venir.
Place des royaumes traditionnels dans la République ougandaise
L’Ouganda demeure une république constitutionnelle gouvernée par un président élu, mais plusieurs royaumes précoloniaux, dont Tooro, conservent une importance symbolique et culturelle forte pour leurs peuples. Ces institutions n’exercent pas de pouvoir politique au sens gouvernemental, mais leur rôle en matière d’identité, de gestion du patrimoine et de rites communautaires reste déterminant. Le couronnement de Nyabongo I réaffirme la continuité de cette tradition malgré les tensions internes liées à la succession.
La désignation d’Edward Rukidi Nyabongo I marque une étape significative pour le royaume Tooro, mais elle laisse en suspens la question de l’héritier présumé et le souhait de réconciliation exprimé par des membres de la communauté. Les prochains jours seront déterminants pour savoir si la famille du défunt et les anciens du clan trouveront un terrain d’entente ou si la contestation prendra la forme d’un litige plus formel.