Soudan : des millions d’enfants privés d’école contraints au travail à Port-Soudan
La guerre prive des enfants soudanais d’école : travailleurs de rue et villages sans classes
Au Soudan, le conflit déclenché le 15 avril 2023 a plongé le système éducatif dans une crise profonde : des millions d’enfants sont privés d’enseignement formel, des écoles restent fermées et de nombreux élèves sont contraints de travailler pour subvenir aux besoins familiaux.
La vie quotidienne à Port-Soudan illustre cette réalité. Abkar Mohammed, neuf ans, circule chaque jour dans les quartiers animés pour nettoyer et cirer des chaussures. Arrivé de Khartoum avec sa mère et ses frères et sœurs peu après le début des hostilités, il ne fréquente pas l’école primaire et suit des leçons coraniques traditionnelles avant de gagner sa vie dans la rue. Ses gains journaliers couvrent une part minime des dépenses du foyer, et son frère aîné effectue des petits travaux pour compléter les revenus familiaux. À Port-Soudan, d’autres jeunes, comme des vendeurs ambulants âgés de 11 à 16 ans, témoignent d’un basculement définitif entre scolarité interrompue et survie économique.
Des enfants déplacés contraints au travail à Port-Soudan
Les déplacements internes ont déplacé des familles entières vers des villes côtières ou des camps où les liens sociaux sont fragiles et l’accès au marché de l’emploi limité. Face à la rareté des opportunités pour les adultes, les enfants deviennent une source de revenu. Des garçons et filles vendent des bonbons, cirent des chaussures ou travaillent dans des commerces informels. Ces emplois quotidiens privent les enfants d’un environnement éducatif et protecteur et renforcent la tendance à une génération en rupture scolaire.
Fermetures d’écoles massives dans le Darfour et le Kordofan
Dans des régions comme le Darfour, les fermetures d’établissements sont généralisées : une part importante des écoles a cessé de fonctionner et des pourcentages élevés d’enfants ne vont plus en classe. Les combats, les déplacements et les dommages causés aux infrastructures rendent l’accès à l’enseignement incertain, même dans des zones jugées relativement sûres. Les enfants isolés perdent non seulement des heures d’apprentissage mais aussi des repères sociaux essentiels au développement.
Destruction de manuels et perte d’apprentissage depuis le 15 avril 2023
Depuis le début du conflit le 15 avril 2023, les interruptions scolaires se sont multipliées. Les estimations disponibles indiquent que les enfants ont manqué en moyenne plusieurs centaines de jours d’enseignement, exacerbées par des destructions matérielles massives : en septembre 2026, une attaque par drone a anéanti plusieurs centaines de milliers de manuels scolaires stockés dans des entrepôts, réduisant encore les ressources pédagogiques pour des milliers d’élèves. La perte cumulée de temps d’instruction fragilise durablement les acquis scolaires et complique une éventuelle reprise normale des cours.
Conséquences psychologiques et risques spécifiques pour les filles
Les interruptions prolongées et les conditions de déplacement ont des effets psychologiques importants : peur permanente, troubles du sommeil, difficultés de concentration et modifications du comportement sont signalés chez de nombreux enfants. L’absence d’espaces scolaires sûrs expose également les mineures à des risques accrus de violence sexuelle, de grossesses précoces et de mariages forcés. Ces facteurs compromettent la possibilité pour les filles de reprendre une scolarité normale et aggravent les inégalités de genre à long terme.
Pression économique, pauvreté et perspectives familiales
L’effondrement économique du pays a ramené des millions de personnes sous le seuil de pauvreté. Les familles déplacées vivent souvent dans des conditions précaires, sans emploi stable ni épargne. L’inscription scolaire devient secondaire face aux besoins alimentaires et au paiement d’un logement. Certains parents choisissent de renvoyer leurs enfants dans des zones d’origine perçues comme plus sûres pour tenter de rétablir une scolarisation partielle, tandis que d’autres comptent sur les revenus quotidiens des enfants pour survivre. Ces choix, dictés par l’urgence, pèsent lourd sur les perspectives éducatives d’une génération entière.
La combinaison des fermetures d’écoles, des destructions matérielles, des déplacements répétés et de la pression économique crée un risque sérieux : sans interventions coordonnées et un rétablissement rapide des services éducatifs, une fraction importante des enfants soudanais pourrait perdre définitivement l’accès à l’apprentissage formel, compromettant leur avenir et la capacité du pays à reconstruire son tissu social et économique.