Forensic Architecture et l’UNRWA accusent Israël de démolitions et déplacements massifs en Cisjordanie
Destruction et déplacements en Cisjordanie : enquêtes et témoignages pointent une stratégie systématique
Démolitions et expulsions en Cisjordanie provoquent des déplacements durables; enquêtes et ONG dénoncent tactiques militaires et l’effacement de communautés.
Les opérations militaires menées en Cisjordanie depuis début 2025 ont entraîné des destructions étendues et des déplacements massifs de populations, selon des observations d’agences humanitaires, d’enquêtes indépendantes et de témoignages de résidents. Les scènes rapportées récemment à Hébron rappellent, selon des responsables sur place, les vagues de déplacement qui ont touché le nord de la Cisjordanie en janvier 2025, lorsque des raids ont vidé plusieurs camps de réfugiés et provoqué la destruction partielle ou totale de nombreux logements.
Destruction des infrastructures et étendue des dégâts
Les opérations ont réduit en ruines une part importante des zones résidentielles ciblées. Des rapports collectés sur la période montrent que plus de la moitié des bâtiments résidentiels de certains camps ont été détruits au cours des interventions de janvier 2025. Les registres publics portant sur les démolitions administratives ne rendent compte que d’une portion de ces dégâts : entre 2009 et octobre 2026, plus de 1 300 constructions ont été signalées comme démolies dans les gouvernorats de Jénine et Tulkarem, entraînant le déplacement de plusieurs milliers de personnes, mais ces chiffres n’intègrent pas la totalité des bâtiments anéantis lors des opérations militaires.
Méthodes observées par des enquêtes indépendantes
Des investigations menées par des équipes spécialisées en architecture judiciaire ont documenté des modes de destruction répétés. Les analystes ont vérifié plus de deux cents incidents impliquant l’utilisation de bulldozers blindés, de démolitions contrôlées et d’attaques aériennes visant des habitations et des voies de circulation. Dans plusieurs cas, des routes ont été élargies en traversant des maisons et des jardins pour créer des passages destinés aux véhicules militaires, modifiant durablement l’armature urbaine et rendant certaines habitations inoccupables.
Chiffres humanitaires et déplacement prolongé
Les conséquences humaines restent lourdes. Plus de 34 000 personnes originaires des camps de Jénine, Tulkarem et Nur Shams étaient toujours déplacées plus d’un an après les opérations de janvier 2025, selon comptages menés par acteurs humanitaires sur le terrain. De nombreuses familles vivent dans des conditions précaires, dans des abris temporaires ou logées chez des proches, sans perspectives de retour immédiat alors que une part significative du parc résidentiel a été détruite.
Témoignages de population et ordres d’évacuation
Les ordres d’évacuation et la transformation de logements en casernes militaires ont été rapportés à plusieurs reprises. Des habitants ont raconté que des unités avaient réquisitionné des maisons à Hébron et dans d’autres localités pour y établir des postes permanents. Près de Jénine, l’armée a demandé à l’ensemble d’un village de partir de façon définitive, selon des récits d’agriculteurs contraints d’abandonner leurs terres. Un éleveur déplacé a résumé l’impact sur son mode de vie : il dépendait de ses moutons et de ses vaches, et voit ses oliviers arrachés, réduisant à néant des moyens de subsistance transmis de génération en génération.
Poursuite des opérations et discours politique
Les tensions restent vives : des raids et des arrestations se poursuivent, y compris des détentions récentes dans la région de Tulkarem et des interventions dans des villages du gouvernorat de Naplouse. Des déclarations publiques faites en février 2025 par des responsables politiques avaient, selon des observateurs, laissé entrevoir une volonté d’intensifier les opérations dans certaines villes du nord, en évoquant des comparaisons avec des quartiers lourdement touchés dans d’autres zones du territoire. Ces propos ont accru les inquiétudes des populations locales et des organisations de protection civile.
La conjonction des démolitions, des réquisitions de logements, des ordres d’évacuation et des méthodes observées par des enquêtes indépendantes dessine un tableau de transformations rapides et profondes du paysage urbain en Cisjordanie. Tant que les causes profondes des opérations et les conditions de sécurité ne seront pas clarifiées, des dizaines de milliers de personnes risquent de rester déplacées et privées d’un accès stable à un logement, à l’agriculture et aux moyens de subsistance qui fondent la vie de leurs communautés.