À Gaza déplacés regardent la Coupe du Monde entre coupures d’électricité et d’Internet
Gaza: la Coupe du monde suivie en différé par des déplacés, entre coupures et peur
À Gaza, des dizaines de familles déplacées tentent de suivre la Coupe du monde via des moments forts et des retransmissions différées, alors que les coupures d’électricité, les coupures d’Internet et la menace d’attaques transforment stades et cafés en lieux précaires de rassemblement malgré la peur.
Assis devant sa tente installée près du stade Yarmouk, Sameeh Totah, 43 ans et père de six enfants, regarde les résumés des matchs sur son téléphone. Autrefois, la Coupe du monde rassemblait voisins et proches autour d’écrans, cafés et grands rassemblements. Aujourd’hui, dans un camp improvisé, les interruptions fréquentes d’Internet et d’électricité contraignent de nombreux supporters à se contenter de séquences enregistrées ou de bribes de retransmission. Le sport reste toutefois un rare moment d’évasion dans un quotidien marqué par le déplacement et l’incertitude.
Un quotidien bouleversé au stade Yarmouk
Depuis le début du conflit qui a provoqué d’importants déplacements, le stade Yarmouk a perdu sa fonction sportive et devient un camp de fortune pour des familles évacuées. Là où des supporters se rassemblaient autrefois pour des matches locaux, des tentes serrées s’étendent désormais sur la pelouse. Pour des déplacés comme Sameeh et Yousef al-Nuaizi, 21 ans, le lieu symbolise la transformation d’un espace de loisirs en espace de survie. Les souvenirs des rassemblements d’avant 2023 contrastent avec les conditions actuelles, sans intimité ni confort.
Coupures d’électricité et d’Internet brisent la diffusion en direct
Les coupures d’énergie et les interruptions de connexion rendent la diffusion en direct incertaine. Les générateurs de quartier, quand ils existent, manquent souvent de carburant et l’énergie solaire ne suffit pas toujours pour maintenir des écrans allumés tard dans la nuit. Beaucoup préfèrent regarder les moments forts après coup, mais la connaissance du résultat enlève à l’expérience sa part d’émotion. Pour des familles entassées dans des abris, le simple fait de trouver un lieu ouvert et alimenté devient une épreuve logistique.
Stades et infrastructures sportives transformés en abris
Partout dans la bande de Gaza, des installations sportives ont été converties en refuges temporaires ou ont été endommagées. Les gradins et tribunes qui accueillaient auparavant des foules sont aujourd’hui recouverts de bâches et de tentes. Cette réaffectation prive les communautés d’espaces publics essentiels pour la vie sociale et réduit les opportunités de se réunir pour des événements culturels ou sportifs, accentuant l’isolement de nombreux habitants.
Supporters jeunes: une passion mise à l’épreuve
Pour des jeunes comme Yousef, supporter du Portugal, le football conserve une place affective, mais l’enthousiasme s’érode. Les sorties pour trouver un café diffusant un match peuvent se solder par des trajets inutiles et des fermetures liées aux pannes électriques. Même lorsqu’ils parviennent à s’installer pour regarder, la peur d’une attaque voisine et la fatigue d’une vie en camp limitent la durée et la joie du visionnage. La passion existe toujours, mais elle est souvent remplacée par la recherche d’un bref moment de normalité.
Initiatives locales pour recréer un moment de normalité
Malgré les difficultés, des initiatives locales tentent de recréer l’ambiance des tournois. Dans des ruelles et des campements, des cafés de fortune sont installés avec des écrans alimentés par des générateurs ou des panneaux solaires, et des drapeaux décorent les bâches. Tareq al-Jadba, 26 ans, gère l’un de ces espaces et consacre du temps à le maintenir ouvert, coordonnant l’utilisation des générateurs et essayant d’assurer la diffusion des matches. Ces efforts montrent la volonté de préserver des liens sociaux et d’offrir des instants de répit.
Le public rassemblé dans ces lieux improvisés vit un paradoxe: la réunion autour d’un match peut apporter de l’émotion et un sentiment temporaire de communauté, mais elle se déroule souvent dans une atmosphère de crainte et de précarité. Les matches joués la nuit ou avant l’aube suscitent une inquiétude supplémentaire, et le fonctionnement dépend largement de ressources instables comme le carburant et l’électricité partagée.
Le football apparaît ainsi comme une parenthèse fragile: il offre des moments ponctuels de divertissement et de solidarité, mais il ne compense pas les pertes matérielles et sociales subies par les familles déplacées. Entre la nostalgie des rassemblements d’avant et les contraintes actuelles, les supporters alternent entre soin de la mémoire collective et besoin de survivre au présent. Dans ce contexte, la persistance d’initiatives communautaires souligne l’importance de préserver des espaces de vie partagée, même provisoires, afin de maintenir des repères et de laisser place, de temps à autre, à la simple joie d’un match.