Affaire Mustapha Tabet : un commissaire violeur condamné à mort pour barbarie au Maroc
L’affaire Mustapha Tabet : le procès qui a secoué le Maroc en 1993
En février 1993, le Maroc est le témoin d’une affaire judiciaire qui révèle des crimes inouïs. Deux étudiants accusent le commissaire Mohamed Mustapha Tabet de violences sexuelles, une démarche audacieuse à une époque où dénoncer de telles agressions était presque impensable. Ce procès marque le début d’une enquête secrète menée par la gendarmerie royale, révélant un homme à la réputation soigneusement bâtie, mais dont les actes sont profondément troublants.
Ascension d’un homme public respecté
Mohamed Mustapha Tabet, fils d’un fqih et ancien enseignant, jouissait d’une image de respectabilité. Son engagement spirituel, illustré par de fréquents pèlerinages à La Mecque, lui vaut le surnom de « Haj Tabet ». Dandy, vêtu d’un costume impeccable, il se présentait comme un homme dévoué à son service et à sa communauté. Cependant, son image cachait une réalité terrifiante.
Le double visage du commissaire
Derrière le masque de la vertu, Tabet mène une double vie. En plus de son travail, il utilise son autorité pour intimider et manipuler ses victimes. L’enquête révèle qu’il ciblait des jeunes femmes dans les rues de Casablanca, notamment aux abords des universités et des plages. Des intermédiaires, comme des coiffeurs, l’aidaient à identifier ses proies, qui, souvent, se retrouvaient piégées dans des appartements où se déroulaient des actes horribles.
La révélation d’une cassette compromettante
Le tournant de cette affaire survient à l’été 1992, lorsqu’une cassette pornographique commence à circuler à Milan. Cette vidéo alerte le frère d’une victime qui décide de contacter les plus hautes instances de l’État marocain. Le 2 février 1993, la gendarmerie, après une perquisition dans l’appartement de Tabet, découvre des objets compromettants : du matériel d’espionnage, de la cocaïne, et surtout, 118 cassettes vidéo documentant ses atrocités. Les enregistrements mettent au jour un véritable réseau de violence, touchant même des familles de policiers.
Un procès qui captive le pays
Le procès de Tabet s’ouvre le 18 février 1993 devant la cour d’appel de Casablanca. La nation est suspendue à ce drame judiciaire. En plein tribunal, Tabet nie les accusations portées contre lui, soutenant que tout était consensuel. Il revendique la réception de 1 600 plaintes en trois ans, une prétention qui choque le public. Les avocats présents assistent à un visionnage cauchemardesque des cassettes, ce qui provoque un profond malaise dans la salle d’audience.
Un verdict lourd de conséquences
Les audiences se poursuivent dans une atmosphère électrique jusqu’à ce que, dans la nuit du 14 au 15 mars 1993, le verdict tombe : Mohamed Mustapha Tabet est condamné à la peine de mort pour actes de barbarie et viols. Cette décision marque un tournant dans la lutte contre les violences faites aux femmes au Maroc. Le 9 août 1993, Tabet est exécuté, laissant une ombre pesante sur un pays en pleine réflexion sur ses valeurs et sa justice.
Cette affaire emblématique est célébrée pour avoir brisé le silence entourant les agressions sexuelles au Maroc, encourageant des victimes à se manifester. Elle reste gravée dans les mémoires, symbole d’un combat encore actuel pour la dignité et le respect des droits des femmes.