Africa Shield 2026 à Tunis renforce la sécurité CBRN en Afrique
Africa Shield 2026 à Tunis : renforcer la sécurité des matières CBRN face à l’expansion économique du continent
À Tunis, Africa Shield 2026 réunit responsables africains pour renforcer la sécurité des matières CBRN, prévenir les détournements et améliorer la coopération.
Un atelier régional tenu du 14 au 16 juillet 2026
L’atelier Africa Shield 2026 s’est déroulé à Tunis du 14 au 16 juillet et a rassemblé plus de cent participants originaires de divers pays africains, parmi lesquels des responsables de l’application de la loi, des représentants militaires, des décideurs politiques et des coordinateurs nationaux chargés de la mise en œuvre de la résolution 1540 du Conseil de sécurité. Le programme, dirigé par le volet international de contre-prolifération de la Defense Threat Reduction Agency (DTRA) des États-Unis en partenariat avec l’Initiative d’atténuation des risques des centres d’excellence CBRN de l’Union européenne et un institut interrégional des Nations unies, visait à améliorer la prévention, la détection et la réponse aux risques liés aux matières chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires.
Quantités croissantes et usages civils essentiels
Les participants ont souligné que les matériaux CBRN sont de plus en plus présents dans les systèmes de santé, l’industrie manufacturière, la recherche scientifique et l’exploitation minière. Sources radioactives pour le traitement du cancer, produits chimiques pour la transformation industrielle, matières biologiques manipulées en laboratoire et technologies à double usage sont aujourd’hui des composants essentiels du développement économique. Mais ces mêmes matières, si elles ne sont pas correctement contrôlées, peuvent être détournées ou volées et utilisées à des fins criminelles ou malveillantes.
Passer d’une approche réactive à une stratégie de prévention
Une des lignes directrices du forum a été le déplacement de l’effort vers la prévention. Plutôt que de concentrer uniquement les ressources sur la réaction après un incident, Africa Shield promeut le renforcement des contrôles aux frontières, la surveillance des exportations, des mécanismes de préparation aux urgences et une meilleure coordination interinstitutions. Selon des intervenants, l’objectif est d’anticiper les vulnérabilités — sécuriser les chaînes logistiques, normaliser les pratiques de manipulation et enrichir les capacités de détection — pour réduire la probabilité même d’un incident.
L’écart entre cadres juridiques et application opérationnelle
Malgré l’existence, dans de nombreux États, de cadres juridiques encadrant les matières sensibles, les débats ont mis en lumière un écart persistant entre textes et mise en œuvre. Les administrations font face à des contraintes chroniques : financement insuffisant, manque de personnel spécialisé et équipement d’inspection limité. Les vastes frontières terrestres, l’expansion des corridors commerciaux et l’existence de réseaux de contrebande compliquent la surveillance. L’intégration du commerce continental via la Zone de libre-échange continentale africaine accroît la complexité en exigeant des mesures de sécurité qui ne freinent pas le commerce licite.
Renforcement des capacités et appropriation nationale
L’un des messages récurrents de l’atelier a été la nécessité d’un renforcement durable des institutions nationales. Le programme Africa Shield met l’accent sur la formation, l’échange de bonnes pratiques et la création de réseaux régionaux pour soutenir l’intensification des contrôles. Des responsables militaires et civils ont évoqué l’importance d’investir dans le renseignement technique, la médecine légale et les laboratoires forensiques, afin que les réponses locales soient rapides et efficaces. Le major Brittany Brown, coordinatrice d’un programme régional, a décrit l’initiative comme une opportunité pour les pays de partager leur expertise et d’affirmer leur appropriation des défis de contre-prolifération.
Trouver l’équilibre entre sécurité et développement économique
Les intervenants ont insisté sur le fait que la sécurité CBRN ne doit pas être opposée au développement. Kupagme a rappelé que le renforcement de la surveillance et la promotion d’une gestion responsable des matières sensibles permettent à l’innovation de prospérer en toute sécurité. De son côté, Phil Efe Benard a averti que la dépendance exclusive à l’aide extérieure n’est pas une solution durable : il faut des capacités africaines renforcées en matière de renseignement, de coopération régionale et d’enquêtes techniques pour créer une base fiable de sécurité partagée.
La conférence a également illustré un changement de paradigme dans la coopération internationale : les partenaires extérieurs privilégient désormais le renforcement institutionnel et la construction de capacités nationales plutôt que des interventions ponctuelles. L’accueil de l’atelier à Tunis, située aux carrefours des routes maritimes et terrestres entre l’Afrique du Nord, le Sahel et la Méditerranée, a rappelé la dimension transnationale du défi et l’urgence d’une coordination régionale renforcée. Les conclusions pointent vers des besoins concrets : financements stables, formation spécialisée, amélioration des inspections aux points de transit et mécanismes d’échange d’informations en temps réel. Les avancées attendues dépendront de la capacité des États à transformer les recommandations en institutions opérationnelles et à maintenir des investissements soutenus pour que la sécurité CBRN accompagne, et non freine, la transformation économique du continent.