AGRA à 20 ans accusée de marginaliser le mil et d’appauvrir la diversité agricole
AGRA à 20 ans : une étude critique montre l’échec à renforcer la productivité et la diversité agricole en Afrique
AGRA à 20 ans : étude révèle que la promotion du maïs et des intrants commerciaux a réduit la diversité agricole, fragilisant la sécurité alimentaire.
Cette année, l’Alliance pour une Révolution Verte en Afrique (AGRA) célèbre ses vingt ans. À l’occasion de cet anniversaire, une étude récente dresse un bilan critique : les politiques largement financées en faveur de semences commerciales, d’engrais et d’autres intrants n’ont pas produit la “révolution de la productivité” promise. Au contraire, la promotion intensive du maïs et d’autres monocultures a conduit à une expansion des surfaces cultivées pour ces cultures au détriment de variétés locales plus résilientes et nutritives.
AGRA fête ses 20 ans, bilan contesté
L’AGRA met désormais en avant l’objectif de “développer durablement les systèmes alimentaires africains”. Mais plusieurs années d’observations et de nouvelles données montrent un décalage entre le slogan et les résultats sur le terrain. Dans les pays où l’AGRA est très présente, le nombre de personnes sous-alimentées a augmenté d’environ 60 %, un rythme proche de la tendance continentale. Les améliorations de productivité annoncées n’ont pas été au rendez-vous pour la culture du maïs, principal vecteur des investissements.
Rendements : promesses non tenues
Les promoteurs de la Révolution verte avaient prévu des gains substantiels de rendement. Or, sur 18 ans, les rendements du maïs n’ont progressé que de l’ordre de 40 %, loin de l’objectif de 100 % évoqué par les fondateurs du mouvement. Certains pays comme le Malawi et l’Éthiopie affichent des hausses plus marquées, mais d’autres, dont le Kenya, ont connu des baisses de rendement. L’augmentation globale de la production de maïs observée dans les pays participants s’explique principalement par une extension massive des superficies plantées, encouragée par des subventions et des investissements, plutôt que par une hausse significative de la productivité à l’hectare.
Expansion du maïs et déclin des cultures résilientes
L’étude documente un déplacement des ressources agricoles vers le maïs : les terres dédiées à cette culture ont augmenté de 71 % depuis 2006. En parallèle, des cultures traditionnelles et adaptées au climat ont perdu du terrain. La production de mil a chuté de 27 % et ses rendements ont reculé de 17 % en raison du manque d’investissement. Sur 13 pays participants, la productivité du manioc a diminué de 21 % et celle de l’arachide de 10 %. Les semences commerciales et les subventions orientées vers une seule filière ont donc contribué à réduire la diversité des systèmes culturaux.
Impacts sur la sécurité alimentaire et la résilience climatique
La marginalisation du mil, du sorgho, du fonio, du niébé et d’autres denrées locales pose un risque direct pour la sécurité alimentaire. Ces plantes sont souvent mieux adaptées aux conditions de sécheresse, demandent moins d’intrants externes et fournissent des nutriments essentiels aux régimes locaux. Dans un contexte d’aggravation du changement climatique, de désertification et de perturbations logistiques internationales, la diminution de la diversité culturale augmente la vulnérabilité des communautés rurales face aux chocs agroclimatiques et aux fluctuations des marchés.
Demandes de réorientation des investissements et protection des semences locales
Face à ces constats, l’étude appelle à une réorientation des financements. Les programmes actuels restent largement axés sur les variétés “améliorées”, les semences certifiées et la commercialisation, avec des systèmes semenciers orientés vers le marché. Les acteurs de la recherche et des mouvements paysans demandent des investissements soutenus pour préserver et valoriser les cultures traditionnelles, ainsi que des mesures garantissant aux agriculteurs le droit de conserver, d’échanger et d’améliorer leurs semences. Ils estiment indispensable que les choix de variétés et d’itinéraires techniques reviennent aux communautés locales, et non uniquement aux fournisseurs et aux marchés.
L’anniversaire de l’AGRA met en lumière un débat majeur sur les priorités de développement agricole en Afrique. Les données récentes montrent que la promotion de monocultures subventionnées a eu des effets contradictoires : augmentation des surfaces cultivées en maïs mais gains de rendement limités et érosion de la diversité des cultures. Les décideurs publics, les bailleurs et les institutions financières africaines sont désormais confrontés à la nécessité de repenser les instruments de soutien pour favoriser une agriculture diversifiée, résiliente et centrée sur les besoins des populations rurales.