Al-Haq accuse le colon Yinon Levi du meurtre d’Awdah Hathaleen à Umm al-Khair
Meurtre d’Awdah Hathaleen : enquête conclut que la balle mortelle vient d’un colon et pointe une impunité systémique
Enquete d’Al-Haq: le 28 juillet 2025, Awdah Hathaleen a ete tue a Umm al-Khair par un colon; preuves balistiques et blocage des secours denoncent l’impunite.
Awdah Hathaleen, militant palestinien et père de trois enfants, a été tué le 28 juillet 2025 à Umm al-Khair, dans la zone de Masafer Yatta en Cisjordanie. Une enquête publiée à l’occasion du premier anniversaire de sa mort, le 28 juillet 2026, par l’organisation Al‑Haq reconstitue les événements à partir de dizaines de vidéos, de photographies, de témoignages et d’analyses géospatiales. Les conclusions établissent une corrélation entre la balle qui a frappé Hathaleen et l’arme portée par un colon identifié, tout en mettant en lumière des entraves aux secours et une réponse judiciaire limitée.
Les circonstances de la fusillade le 28 juillet 2025
Le 28 juillet 2025, des colons israéliens et des engins de terrassement sont arrivés à proximité d’Umm al-Khair pour des travaux liés à l’installation d’un avant-poste. Selon les éléments rassemblés, les engins ont pénétré sur des terres privées du village. Des tensions ont rapidement dégénéré : un cousin d’Awdah, Ahmad Hathaleen, aurait été frappé par un marteau hydraulique utilisé sur une excavatrice, puis d’autres altercations ont éclaté. Awdah Hathaleen a sorti son téléphone pour filmer l’incident. Les images montreraient le moment où un colonnel armé ouvre le feu ; ce sont les dernières images connues de Hathaleen vivant.
Analyse médico-légale et concordance balistique
L’autopsie a indiqué qu’une seule balle logée dans la poitrine a provoqué une hémorragie fatale. La plaie, d’un défaut d’environ un centimètre, correspondrait à une arme de poing de calibre neuf millimètres. Le rapport d’enquête compare ces constatations à l’arme portée par l’accusé identifié, Yinon Levi, et établit une correspondance compatible avec l’outil utilisé. Les experts d’Al‑Haq ont croisé images, trajectoires et données balistiques pour conforter cette conclusion.
Comportement de l’accusé et procédure judiciaire
Yinon Levi, présenté dans l’enquête comme un colon actif dans la région et chef d’un avant-poste connu sous le nom de Meitarim Farm, a nié tout lien entre son tir et la mort d’Awdah lors de sa comparution devant un tribunal israélien. Il a plaidé la légitime défense. Les investigations d’Al‑Haq relèvent cependant l’absence de menace imminente : aucun Palestinien présent n’était armé et Hathaleen ne représentait pas un danger au moment où la détonation a été tirée. Après un épisode d’arrestation et une vague d’indignation internationale, Levi a été placé en résidence surveillée pour trois jours avant d’être libéré, un déroulement qui soulève des questions sur la fermeté des poursuites.
Entraves aux secours et gestion des autorités
Les enquêteurs ont établi que l’accès de l’ambulance a été entravé par des colons postés sur la route, devant les yeux de soldats et d’agents de police israéliens. Le corps d’Awdah Hathaleen n’a pas été rendu à sa famille pendant dix jours, provoquant une grève de la faim menée par les femmes du village pour exiger sa restitution. Ces éléments figurent dans le rapport comme exemples d’un « alignement opérationnel » entre certains acteurs étatiques et les colons, manifesté par une protection de fait des colons et l’absence de mesures coercitives appropriées à leur encontre.
Rôle des avant-postes et réseaux de colonisation
Le rapport identifie Levi comme un acteur lié à la croissance d’avant-postes illégaux et décrit des mécanismes de soutien : recrutement de main-d’œuvre via des groupes comme Hashomer Yosh et exploitation des terrains pour étendre la présence des colons. Selon cette lecture, la violence menée par des colons n’est pas isolée mais s’inscrit dans un schéma plus large favorisant le déplacement progressif des communautés palestiniennes et le remplacement des terres par des implantations.
La mort d’Awdah Hathaleen illustre, selon l’enquête, la difficulté d’obtenir justice pour les Palestiniens confrontés à la violence des colons : téléphones portables et documentation citoyenne restent l’un des rares outils disponibles pour enregistrer les faits et tenter de rendre compte des responsabilités. Les conclusions d’Al‑Haq appellent à une réponse judiciaire plus rigoureuse et à la levée des obstacles qui empêchent l’enquête indépendante et la restitution des corps, en soulignant que l’impunité perçue alimente un cycle de violences et de déplacements.