Aleksandar Vucic battu par la Liste étudiante aux élections législatives en Serbie
La Liste étudiante remporte une victoire historique et met fin à la domination d’Aleksandar Vučić
En Serbie, Aleksandar Vučić battu par la Liste étudiante née après l’effondrement de la verrière de Novi Sad; forte participation et tournant politique.
Aleksandar Vučić, figure dominante de la politique serbe depuis plus d’une décennie, a reconnu sa défaite dimanche face à la Liste étudiante, un mouvement converti en force électorale après des manifestations de masse. Le scrutin, convoqué après la démission de Vučić en septembre sous la pression populaire, a enregistré la participation la plus élevée depuis plus de trente ans, marquant un changement net dans la configuration politique du pays.
Résultats et participation électorale
Un premier échantillon de résultats a montré la Liste étudiante en tête, projetant entre 135 et 140 sièges sur les 250 que compte le parlement, contre environ 105 pour la liste du Parti progressiste serbe (SNS) de Vučić. Le taux de participation, exceptionnel pour des législatives nationales récentes, a été présenté comme un facteur clé de la victoire étudiante, traduisant une mobilisation large et transgénérationnelle.
Origine du mouvement étudiant et déclencheur
Le mouvement est né après le dramatique effondrement de la verrière de la gare de Novi Sad le 1er novembre 2024, catastrophe qui a coûté la vie à 16 personnes et a suscité une onde de choc dans l’opinion publique. Les étudiants, rejoints par des professeurs, des médecins et des travailleurs, ont d’abord protesté pour la sécurité et la transparence, avant de transformer leur action en plateforme politique structurée, la Liste étudiante.
Plateforme, leadership et campagne
Lors de la campagne, la Liste étudiante a centré son message sur la lutte contre la corruption, la dépolitisation des institutions publiques et la défense des droits civiques. Le mouvement a été conduit par Ilija Srdanović, professeur à la faculté de médecine de Novi Sad, et s’est appuyé sur un large réseau de citoyens engagés plutôt que sur une structure partisane traditionnelle. Leur campagne, axée sur la transparence et la rénovation institutionnelle, a trouvé un écho auprès d’électeurs lassés des pratiques politiques établies.
Parcours politique d’Aleksandar Vučić
Né à Belgrade en 1970, Aleksandar Vučić a entamé sa carrière politique au début des années 1990. Ancien membre d’un parti ultranationaliste, il a progressivement repositionné son image en dirigeant, successivement, le Parti progressiste serbe (SNS) à partir de 2008, puis en accédant aux postes de premier vice-Premier ministre (2012–2014), Premier ministre (2014–2017) et président à partir de 2017, réélu en 2022. Son évolution politique et son style de gouvernance ont suscité des critiques sur le contrôle exercé par l’État sur les médias et les institutions.
Bilan économique et ressentiment social
Durant la décennie qui a précédé le scrutin, l’économie serbe a affiché des indicateurs en amélioration : baisse notable du chômage et croissance du produit intérieur brut nominal, accompagnées d’une hausse des investissements directs étrangers jusqu’en 2024. Cependant, ces résultats macroéconomiques n’ont pas été perçus comme une amélioration uniforme du niveau de vie. L’inflation, la hausse du coût de la vie et un sentiment d’inégalités ont alimenté la colère sociale et nourri la mobilisation contre le pouvoir en place.
Réactions politiques et perspectives institutionnelles
Après avoir confirmé sa défaite, Vučić a admis la tournure du résultat électoral. Sa démission préalable et la convocation d’élections anticipées avaient déjà amorcé une recomposition du paysage politique. La victoire de la Liste étudiante ouvre la voie à des négociations parlementaires pour la formation d’une majorité et à une possible révision des priorités législatives, notamment sur la transparence administrative, la justice et la dépolitisation des institutions.
La victoire marque un pas important dans l’exigence de responsabilité publique et dans la capacité de mouvements citoyens à transformer la contestation sociale en gain politique. Les prochains jours seront déterminants pour la formation d’une majorité stable au parlement et pour la capacité du nouveau groupe parlementaire à traduire ses promesses en réformes concrètes.