Au Soudan réouverture de l’hôpital psychiatrique Al-Tijani Al-Mahi pour lutter contre la toxicomanie
Khartoum répare ses blessures psychiatriques : l’hôpital Al‑Tijani Al‑Mahi rouvre et prend en charge les jeunes dépendants à la « glace »
À Khartoum, la réouverture partielle d’Al‑Tijani Al‑Mahi offre une prise en charge psychiatrique aux victimes du conflit et aux jeunes dépendants à la « glace ».
Retour à Khartoum après deux ans d’exil
Après deux années passées loin de leur maison à cause des combats, Rafeeda Abubakr et son mari sont revenus à Khartoum avec l’objectif de réinsérer leur fils de 21 ans, Muaz, dans la vie familiale. Ancien étudiant en génie civil, Muaz est devenu renfermé et agressif en raison d’une addiction à la « glace », une forme locale de méthamphétamine qui s’est répandue pendant la guerre. Le retour de la famille depuis al‑Duwaym, dans l’État du Nil Blanc, coïncide avec une demande urgente d’accès à des soins psychiatriques dans une capitale encore marquée par les destructions.
Addiction à la « glace » parmi les jeunes déplacés
L’usage de la « glace » a émergé comme une problématique majeure chez les jeunes ayant connu le déplacement. Beaucoup sont revenus après des déplacements massifs vers les pays voisins ou des régions intérieures, portant avec eux des troubles liés à la toxicomanie. Les comportements violents, les tentatives de suicide et les épisodes psychotiques ont augmenté, selon les équipes soignantes locales. Les patients concernés sont majoritairement âgés de 23 à 40 ans, mais on observe aussi des cas chez des adolescents et des jeunes adultes récemment sortis de l’école.
Réouverture fragile de l’hôpital Al‑Tijani Al‑Mahi
Fondé en 1971, l’hôpital psychiatrique Al‑Tijani Al‑Mahi fait partie des établissements historiques de la région. Lors des combats, l’établissement a été pillé et gravement endommagé ; matériel, lits et installations électriques ont été volés ou détruits. En dépit d’un ordre administratif de démolition émis en octobre 2024, la direction a contesté la décision et, le 13 juillet 2025, une équipe réduite a entrepris la réouverture progressive. Aujourd’hui, la clinique externe fonctionne et reçoit entre 60 et 70 patients par jour, proposant consultations, prescriptions et orientations.
Infrastructure endommagée et ressources improvisées
Les dommages sont visibles dès l’entrée : bâtiments éventrés, câbles arrachés, restes de munitions sur le périmètre. Privé d’eau courante et d’électricité, l’hôpital a dû s’appuyer sur des panneaux solaires pour alimenter les services essentiels et monter une pharmacie de fortune. Les consultations se déroulent parfois dans des bureaux sans régime climatique, et le personnel rédige encore des ordonnances à l’ombre, dans des conditions précaires. Les lits d’hospitalisation manquent toujours ; les cas nécessitant une prise en charge en internement ont été transférés vers d’autres établissements.
Capacités médicales et profils des patients
L’équipe est passée d’un démarrage minimal à un groupe d’environ neuf médecins, dont deux consultants, soutenus par des bénévoles. Les pathologies prises en charge vont du trouble de stress post‑traumatique à la dépression, en passant par l’anxiété et la toxicomanie. Les médecins rapportent des scènes graves, y compris des tentatives de suicide liées à une consommation prolongée de drogues. Le traitement dispensé est, pour l’instant, gratuit pour les bénéficiaires de l’initiative lancée par l’établissement, et des consultations régulières toutes les deux semaines ont déjà montré des améliorations chez certains patients comme Muaz.
Conséquences nationales et appels à l’aide
La guerre a fragilisé le système de santé au point que des besoins massifs en assistance médicale et mentale restent insatisfaits. Des chiffres récents publiés en janvier 2026 font état de dizaines de millions de personnes nécessitant une aide d’urgence et d’un nombre très élevé de déplacés internes et de réfugiés. Une proportion importante des établissements de santé ne fonctionne pas encore et les partenaires humanitaires n’ont atteint qu’une part limitée des populations ciblées en 2025, ce qui souligne l’urgence d’un renforcement des moyens et du financement pour la santé mentale.
Le retour progressif de services psychiatriques à Khartoum, incarné par la remise en marche d’Al‑Tijani Al‑Mahi, offre un début de réponse aux souffrances causées par le conflit, mais la reprise reste fragile. Les professionnels insistent sur la nécessité d’augmenter les ressources, d’élargir l’accès aux soins et de créer des structures spécialisées pour la toxicomanie et le traumatisme, afin de prévenir une crise de santé mentale à long terme chez une génération marquée par la guerre.