Audiences contestées au Zimbabwe sur le CAB3 qui prolongerait le mandat de Mnangagwa
Zimbabwe : le projet CAB3 enflamme les audiences publiques et divise l’opinion
Au Zimbabwe, le projet d’amendement constitutionnel dit CAB3, qui propose d’allonger les mandats présidentiels et législatifs à sept ans et de confier l’élection du président au Parlement, a déclenché cette semaine des audiences publiques marquées par des affrontements, des accusations de partialité et des arrestations, suscitant de vives inquiétudes sur l’avenir démocratique du pays.
Audiences publiques tendues à Chitungwiza et Epworth
Dans plusieurs locaux d’audience, notamment le principal complexe aquatique de Chitungwiza et une salle d’Epworth, les séances publiques ont été caractérisées par une forte affluence et des incidents. Des citoyens ont pris la parole pour ou contre le texte, tandis que d’autres ont conspué des intervenants. Des modérateurs ont parfois interrompu des prises de parole, provoquant des remous et des accusations selon lesquelles le processus aurait été manipulé pour favoriser le projet. Les tensions reflètent l’ampleur de la polarisation sur le changement proposé.
Principales modifications proposées par le CAB3
Le projet CAB3 vise plusieurs réformes majeures : porter la durée des mandats présidentiels et des mandats parlementaires de cinq à sept ans, et remplacer l’élection présidentielle au suffrage direct par une élection conduite par les parlementaires. Si ces modifications sont adoptées, elles conduiraient à une réduction des scrutins présidentiels directs et à un renforcement du rôle du Parlement dans le choix du chef de l’État, transformant significativement les mécanismes de représentation politique au Zimbabwe.
Arguments des partisans en faveur de la continuité
Les soutiens du texte avancent des arguments centrés sur la stabilité et la continuité des politiques publiques. Certains participants aux audiences ont affirmé que des mandats plus longs permettraient d’achever des projets d’infrastructure et de développement, et que l’élection indirecte du président limiterait les épisodes de violence politique associés aux campagnes électorales. Des partisans citent des réalisations gouvernementales récentes et soutiennent qu’un délai supplémentaire faciliterait leur mise en œuvre complète.
Critiques sur la légitimité et la neutralité du processus
Les opposants dénoncent l’absence de neutralité dans l’organisation des auditions : des modérateurs perçus comme proches du parti au pouvoir, des interruptions des interventions critiques et la tenue des audiences sur une période limitée ont alimenté des doutes sur la sincérité de la consultation publique. Des organisations de l’opposition et des mouvements civiques ont cessé de participer, qualifiant les consultations d'”imparfaites” et “incompatibles” avec les principes constitutionnels, et réclamant un référendum pour soumettre ces changements à l’ensemble des électeurs.
Risque de concentration du pouvoir et accusations de dynastie
Plusieurs observateurs et acteurs politiques expriment la crainte que les modifications renforcent la mainmise d’un seul parti sur les institutions. Les critiques soulignent que le parti majoritaire au Parlement pourrait, par un vote interne, contrôler la nomination présidentielle, réduisant le poids du suffrage universel. Des voix évoquent également le risque de stratégies visant à prolonger l’influence d’un dirigeant au-delà de son mandat actuel, ou à préparer des successions par affinités politiques, alimentant des comparaisons avec des périodes antérieures de réclamations de dérives dynastiques.
Arrestations, intimidations et impact sur la société civile
La période précédant et durant les audiences a été marquée par des signalements d’arrestations et d’intimidations ciblant des militants et des dirigeants d’organisations opposées au CAB3. Ces actions renforcent l’angoisse d’une répression des voix dissidentes et soulèvent des questions sur l’espace civique et la liberté de manifestation. Plusieurs responsables de mouvements opposants ont été empêchés de parler lors des consultations, selon des témoignages, tandis que d’autres se sont dits préoccupés par la brièveté et la localisation limitée des séances, qui privent d’accès une partie significative de la population active.
Les débats autour du CAB3 posent des enjeux fondamentaux pour le Zimbabwe : la définition de la légitimité démocratique, la séparation entre pouvoirs, et la protection des droits politiques des citoyens. Alors que le projet suit son parcours législatif, la polarisation observée lors des audiences souligne l’importance d’une procédure transparente et inclusive pour toute modification constitutionnelle. Les prochains actes du Parlement et la réponse des organisations civiles resteront déterminants pour la trajectoire politique du pays.