Banque mondiale: 1,7 million d’emplois et 20% de PIB possibles au Maroc
Le Maroc pourrait créer 1,7 million d’emplois d’ici 2035 et porter son PIB réel près de 20 % au‑dessus du scénario de référence grâce à un programme ambitieux de réformes, selon des rapports récents de la Banque mondiale publiés en collaboration avec le gouvernement.
Emplois et croissance attendus
Les analyses conjointes soulignent que, si un ensemble cohérent de réformes structurelles est mis en œuvre, le Maroc pourrait générer environ 1,7 million d’emplois supplémentaires d’ici 2035 et jusqu’à 2,5 millions à l’horizon 2050. Ces gains s’accompagneraient d’un accroissement du produit intérieur brut réel situé près de 20 % au‑dessus du niveau projeté en l’absence de réformes. Le constat met en lumière un décalage persistant entre la croissance économique et la création d’emplois : entre 2000 et 2024, la population en âge de travailler a augmenté beaucoup plus vite que l’emploi, laissant un besoin significatif de politiques actives pour transformer la croissance en opportunités d’activité.
Quatre axes de réformes proposés
Le rapport sur la croissance et l’emploi articule ses recommandations selon quatre axes complémentaires. Le premier vise à rendre les marchés plus efficaces et concurrentiels, en supprimant les barrières à l’entrée et en favorisant une concurrence plus dynamique. Le second porte sur la stimulation de l’entreprise privée pour renforcer la productivité et l’innovation des firmes locales. Le troisième préconise des investissements publics mieux ciblés et à fort impact, notamment en infrastructures et services publics qui soutiennent l’activité économique. Le quatrième axe insiste sur des marchés du travail plus inclusifs, avec des mesures pour faciliter l’accès des femmes et des jeunes à l’emploi formel et pour améliorer la qualité des emplois créés.
Quatre secteurs prioritaires pour l’investissement privé
Le diagnostic du secteur privé identifie quatre filières offrant un potentiel élevé d’attraction d’investissements privés à moyen terme : la production décentralisée d’énergie solaire, le textile bas‑carbone, les cosmétiques à base d’argan et l’aquaculture marine. Chacune de ces filières combine atouts naturels et possibilités d’exportation tout en s’alignant sur les priorités nationales de croissance verte, de modernisation industrielle et de développement régional. Le diagnostic estime que des réformes ciblées pourraient mobiliser des investissements privés représentant environ 4 % du PIB, en favorisant des chaînes de valeur locales et en améliorant la compétitivité à l’export.
Inclusion des femmes et des jeunes dans le marché du travail
Les rapports insistent sur la nécessité d’intégrer davantage les femmes et les jeunes dans le marché du travail formel. Les obstacles identifiés comprennent des contraintes d’accès au financement, des normes de marché inadaptées, un manque de formation professionnelle ciblée et des cadres réglementaires limitant l’entrepreneuriat féminin. Les mesures recommandées incluent des politiques d’incitation pour l’embauche, des programmes de formation centrés sur les compétences demandées par les filières identifiées, ainsi que des initiatives pour faciliter la conciliation travail‑famille et l’accès au crédit pour les entrepreneuses. L’objectif est de réduire les inégalités d’accès à l’emploi et d’augmenter la participation productive des groupes sous‑représentés.
Conditions de mise en œuvre et rôle public-privé
La réalisation de ces gains projetés dépendra de la mise en œuvre coordonnée des réformes macroéconomiques et sectorielles, ainsi que de l’amélioration du climat d’affaires. Les analyses soulignent l’importance d’un cadre réglementaire prévisible, d’une gouvernance forte et d’une capacité administrative renforcée pour exécuter des politiques publiques ciblées. Le secteur privé est appelé à jouer un rôle moteur en apportant capitaux, technologies et gestion, tandis que l’État doit orienter les investissements publics vers des projets catalytiques et soutenir les premiers pas du secteur privé par des incitations intelligentes et des partenariats public‑privé bien encadrés.
La Banque mondiale indique être engagée à accompagner le Maroc dans cette trajectoire en reliant recommandations macroéconomiques et opportunités d’investissement concret ; le succès dépendra toutefois de la volonté politique, de la cohérence des réformes et de la capacité des acteurs publics et privés à assurer une mise en œuvre rapide et inclusive.