Burkina Faso dissout 118 ONG, Amnesty dénonce une attaque flagrante
Burkina Faso : dissolution de 118 ONG et associations par le gouvernement militaire
Au Burkina Faso, les autorités militaires ont dissous 118 ONG et associations, une mesure qualifiée d’« attaque flagrante » contre la liberté d’association et destinée, selon le pouvoir, à appliquer la nouvelle réglementation.
Le gouvernement militaire du Burkina Faso a annoncé, mercredi 17 avril 2026, la dissolution et l’interdiction d’activités de 118 associations et ONG opérant sur le territoire national. Le ministère de l’Administration territoriale et de la Mobilité a présenté cette décision comme conforme aux « dispositions légales en vigueur » et a enjoint aux responsables de se conformer à la loi adoptée en juillet 2025. Parmi les organisations concernées figurent de nombreux groupes impliqués dans la défense des droits humains.
Dissolution administrative de 118 organisations
Le communiqué ministériel précise que la mesure porte sur des structures enregistrées au Burkina Faso et que toute contrevenante s’expose à des sanctions prévues par la réglementation. Les autorités ont procédé à cette opération dans le cadre d’une application stricte de la loi de juillet 2025, conçue pour encadrer et restreindre le fonctionnement des organisations et syndicats opérant dans le pays. Le gouvernement n’a pas publié de liste détaillée accompagnant l’annonce, ni d’explication complète sur les motifs spécifiques retenus pour chaque entité dissoute.
Cadre légal invoqué par l’État
Selon le texte officiel cité par l’administration territoriale, la dissolution se fonde sur des dispositions administratives et réglementaires nouvelles. Le communiqué invite les responsables à se conformer aux formalités prévues par cette loi et avertit que des sanctions pourront être appliquées en cas de non-respect. L’adoption en juillet 2025 d’un cadre législatif limitant le fonctionnement des associations avait déjà permis, selon les autorités, la révocation d’autorisations et la suspension provisoire d’autres structures pour des motifs administratifs.
Réactions internationales et appels à l’annulation
La décision a suscité des condamnations et des appels à revenir sur la mesure, qualifiée par des organisations de défense des droits humains d’une intensification de la répression contre la société civile. Ces acteurs estiment que la dissolution porte atteinte au droit fondamental de la liberté d’association et serait incompatible avec les obligations internationales en matière de droits de l’homme. Des voix ont demandé l’annulation immédiate de la décision et appelé à préserver l’espace d’action des défenseurs des droits et des militants civiques au Burkina Faso.
Mesures antérieures du régime Traoré
Il s’agit d’une nouvelle étape dans une série de mesures entreprises depuis la prise de pouvoir par le chef de l’État militaire en 2022. Parmi les décisions prises antérieurement figurent la fermeture des comptes bancaires commerciaux des ONG nationales et internationales en novembre dernier, leur transfert vers une banque d’État nouvellement créée, ainsi que la dissolution de tous les partis politiques en janvier, après trois ans de suspension. En outre, une loi de juillet 2025 avait déjà restreint le fonctionnement des groupes et syndicats, entraînant la révocation ou la suspension de plusieurs autorisations. Ces mesures s’inscrivent dans un contexte où le pouvoir a multiplié les outils juridiques et administratifs pour encadrer l’action politique et associative.
Impact attendu sur la société civile et l’assistance humanitaire
La fermeture de centaines d’organisations risque d’affaiblir la capacité de la société civile à documenter les violations des droits, à fournir des services sociaux et à coordonner l’aide humanitaire dans un pays confronté à une insécurité persistante. Le Burkina Faso mène depuis plusieurs années des opérations contre des groupes armés affiliés à des organisations extrémistes, et les ONG bénéficiaires de financements internationaux étaient déjà fréquemment accusées d’espionnage ou de collusion, selon des déclarations officielles. La suspension d’activités et la perte d’autorisation administrative pourraient interrompre des programmes locaux essentiels, affectant l’accès à l’aide pour des populations vulnérables.
La décision de dissoudre ces associations s’inscrit dans un contexte de durcissement du contrôle de l’espace public par le pouvoir militaire, qui a restreint la liberté de réunion, révoqué les autorisations syndicales et entamé des procédures judiciaires et administratives contre des défenseurs. Les autorités préviennent d’un encadrement strict et de sanctions pour les entités qui ne respecteraient pas les nouvelles règles. Les conséquences à moyen terme dépendront de l’ampleur des sanctions appliquées, de la réaction des organisations concernées et de la pression exercée par la société civile nationale et par des acteurs extérieurs pour préserver les activités humanitaires et de défense des droits.