Casablanca: 29 personnalités condamnées pour trafic de drogue, peines allant jusqu’à 12 ans
Condamnations historiques à Casablanca : 29 personnes condamnées, peines jusqu’à 12 ans pour trafic et corruption
Casablanca: 29 condamnations, dont dirigeants politiques et sportifs, jusqu’à 12 ans pour trafic et corruption; saisies, amendes et réaction de l’État.
Un tribunal de Casablanca a rendu, dans la soirée du jeudi 25 juin 2026, des jugements lourds dans une affaire internationale de trafic de stupéfiants et de corruption impliquant 29 prévenus. Après un procès qui a duré deux ans, les magistrats ont infligé des peines allant de deux à douze ans de prison, ciblant notamment des personnalités politiques et sportives de premier plan. Les décisions comprennent la confiscation d’avoirs et des sanctions financières significatives, marquant l’une des opérations judiciaires les plus retentissantes du pays.
Verdicts prononcés et peines principales
Les condamnations prononcées vont jusqu’à douze ans d’emprisonnement. Abdennebi Bioui, homme d’affaires du secteur de la construction et ancien président du conseil régional, a été condamné à douze ans. Said Naciri, ancien président du club Wydad AC et ex-député, a écopé de dix ans, tout comme l’ancien parlementaire Belkacem Mir. Les autres prévenus ont reçu des peines comprises entre deux et neuf ans, en fonction de leur implication dans le réseau et des charges retenues contre eux.
Accusations retenues contre les condamnés
Les prévenus ont été reconnus coupables d’un ensemble d’infractions graves : trafic de stupéfiants, trafic d’or, corruption, contrefaçon et blanchiment d’argent. Le dossier évoque l’acheminement de tonnes de résine de cannabis depuis le Maroc à travers l’Afrique du Nord en direction de l’Europe, ainsi que des envois de cocaïne en provenance d’Amérique latine. Les juges ont estimé que le réseau faisait preuve d’une organisation sophistiquée associant acteurs locaux et liaisons internationales.
Rôle du témoin clé surnommé « Escobar du Sahara »
Le procès a été largement structuré autour du témoignage d’El Hadj Ahmed Ben Brahim, trafiquant malien présenté dans l’enquête comme le principal opérateur transfrontalier, souvent désigné par les médias comme l’« Escobar du Sahara ». Condamné en 2019 et purgeant une peine d’environ dix ans au Maroc, Ben Brahim a livré des éléments sur les relations commerciales et financières qu’il entretenait avec des partenaires marocains. Il a déclaré aux enquêteurs que, après son arrestation, des associés auraient détourné et saisi des biens immobiliers et des véhicules de luxe évalués à plusieurs millions de dollars.
Mesures financières et saisies ordonnées par le tribunal
Outre les peines d’emprisonnement, le tribunal a ordonné la saisie d’importants actifs appartenant aux principaux dirigeants du réseau. Des amendes de montants très élevés, qualifiées de centaines de millions de dollars en termes d’évaluation douanière et de change, ont été imposées aux meneurs. Les décisions judiciaires prévoient également des enquêtes complémentaires sur l’origine des capitaux et la traçabilité des opérations financières en lien avec le blanchiment.
Réactions dans les familles et contexte de grève des avocats
La séance de jugement a été éprouvante pour les proches des condamnés. Des familles présentes au palais de justice se sont effondrées à l’annonce des peines, selon des comptes rendus. Plusieurs prévenus n’étaient pas représentés par un conseil au moment du verdict en raison d’une grève nationale des avocats, ce qui a accentué les tensions et les réactions émues dans l’enceinte du tribunal. Les avocats grévistes ont justifié leur mouvement par des revendications professionnelles distinctes du dossier, mais leur absence a soulevé des questions sur le déroulement procédural pour certaines audiences.
Conséquences politiques et appel à des règles éthiques contraignantes
L’affaire a touché des personnalités rattachées au Parti authenticité et modernité (PAM) et a pris un relief national en atteignant des sphères politiques élevées. Face à l’ampleur du scandale, le roi Mohammed VI a demandé l’élaboration d’un code d’éthique juridiquement contraignant destiné à « moraliser » la vie parlementaire, mesure destinée à restaurer la confiance publique et renforcer les garde-fous contre la collusion entre pouvoir politique et intérêts économiques illicites. Les verdicts devraient alimenter les discussions sur la gouvernance, la transparence et la lutte contre la corruption au sein des institutions.
Le dossier ouvre désormais des perspectives d’appel pour certains condamnés et des procédures complémentaires concernant la restitution des biens et l’application des lourdes amendes. Les autorités judiciaires ont indiqué que l’exécution des mesures financières et la traque des avoirs illicites se poursuivront, tandis que la classe politique et les institutions engagées dans la réforme sont appelées à tirer des leçons de cette affaire.