comment le Maroc a reconquis le football africain en 10 ans
C’est un revirement digne des plus grands scénarios sportifs, explique The Guardian. Difficile d’imaginer aujourd’hui que le Maroc, hôte de l’actuelle CAN 2025 et futur co-organisateur de la Coupe du monde 2030, ait été banni d’Afrique il y a une décennie.
En 2015, le Royaume abandonne brutalement l’organisation de la Coupe d’Afrique par crainte du virus Ebola. La sanction de la CAF a été immédiate et brutale : déménagement en Guinée équatoriale, exclusion des éditions ultérieures et amendes punitives. « C’est une époque que j’aimerais oublier », confie Hicham El Amrani, alors secrétaire général de la CAF, évoquant une pression insupportable.
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Mais cette page sombre est définitivement tournée. Depuis la décision politique impulsée en 2017 par le roi Mohammed VI de renouer des liens étroits avec le continent, le football est devenu un outil diplomatique majeur.
Pour Abderrahim Bourkia, sociologue du sport à l’Université Hassan Ier, ces méga-événements ne sont pas que du sport. Ce sont des instruments de « capital symbolique » qui accélèrent le développement urbain, modernisent les transports et créent un récit national collectif. “Cela met le pays au défi de traduire le prestige sportif en acquis sociaux durables”, analyse-t-il, soulignant la nécessité que ces bénéfices profitent à tous les Marocains.
Un constat partagé par Sunday Oliseh, légende du football nigérian : « Pour moi, c’est la nation la plus développée que j’ai vue en Afrique ces 30 dernières années… Cela devrait motiver d’autres pays, comme le mien, à faire de réels progrès. »
Au-delà des infrastructures, c’est l’identité même du pays qui est en jeu à travers ces tournois. Amine El Amri, journaliste sportif, estime qu’accueillir la Coupe du monde est un « rêve commun » qui permet aux Marocains de se voir « à travers les yeux des autres ».
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“Le football devient une scène de reconnaissance symbolique, où le Maroc affirme son africanité et son appartenance mondiale”, explique-t-il, rappelant la richesse du métissage culturel amazigh, saharien, arabe et méditerranéen du Royaume.
Si l’image du Maroc « accueillant, abordable et sûr » est un triomphe en termes de relations publiques et de tourisme, la réalité sur le terrain reste impitoyable. Gagner la CAN, qui échappe au pays depuis 1976, reste le « Saint Graal » pour le peuple.
Walid Regragui le sait mieux que quiconque : malgré l’épopée historique au Qatar, seul le présent compte. Une victoire le 18 janvier validerait non seulement la stratégie sportive du Royaume, mais garantirait également sa place pour mener les Lions de l’Atlas à la Coupe du monde 2026.