Dangote privilégie Mombasa pour une méga raffinerie en Afrique de l’Est
Dangote choisit l’Afrique de l’Est pour une nouvelle raffinerie et privilégie le Kenya
Envisageant une capacité similaire à sa méga-raffinerie de Lagos, Aliko Dangote annonce son intention d’implanter un nouveau complexe de raffinage en Afrique de l’Est, favorisant le port de Mombasa au Kenya plutôt que Tanga en Tanzanie, avec un coût estimé entre 15 et 17 milliards de dollars.
La réussite de la raffinerie de Dangote à Lagos, entrée en production complète en février 2026 avec une capacité de 650 000 barils par jour, pousse l’homme d’affaires à étendre ses opérations vers l’Afrique de l’Est. Ce projet s’inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques et de perturbations des routes pétrolières qui ont mis en lumière la vulnérabilité des approvisionnements africains, notamment après les interruptions liées aux récents événements dans le Golfe et la fermeture temporaire du détroit d’Ormuz au début de 2026.
Capacités et bilan de la raffinerie de Lagos
La raffinerie de Lagos, chantier d’environ 19 milliards de dollars, est aujourd’hui l’unique installation pétrolière nigériane pleinement opérationnelle et la plus grande raffinerie à train unique au monde. Sa mise à pleine capacité en février 2026 a permis au Nigeria, principal producteur de brut du continent, de commencer à exporter des produits raffinés — notamment du kérosène et du diesel — vers d’autres marchés africains et au-delà. Cette capacité accrue a atténué certaines ruptures d’approvisionnement régionales provoquées par les tensions au Moyen-Orient et la flambée des prix pétroliers au premier trimestre 2026.
Choix stratégique entre Mombasa et Tanga
Dangote a déclaré privilégier Mombasa en raison de la profondeur et de la taille du port, ainsi que du marché domestique kényan plus important. Les autorités kenyanes et leurs homologues tanzaniennes ont discuté d’un projet régional autour du port de Tanga, mais l’option kenyane présente des avantages logistiques pour l’importation de brut et l’exportation de produits finis. Le projet envisagé viserait une capacité comparable à celle de Lagos, et son implantation dépendra des décisions politiques et des facilités portuaires que les gouvernements locaux mettront en place.
Effets sur les approvisionnements et le marché régional
Une raffinerie d’envergure en Afrique de l’Est pourrait réduire la dépendance de la région aux importations de produits raffinés du Moyen-Orient et d’Asie. Aujourd’hui, le raffinage local couvre environ 44 % de la consommation africaine, et l’Afrique de l’Est ne dispose plus d’une capacité opérationnelle significative depuis l’arrêt de la raffinerie de Mombasa en 2013. Le Kenya a importé environ 40 millions de barils en 2025, principalement depuis les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, l’Inde et Oman. La nouvelle capacité de raffinage pourrait modérer les prix, diminuer les coûts logistiques et améliorer l’accès aux sous-produits pétrochimiques essentiels pour l’agriculture et l’industrie régionale.
Obstacles politiques et logistiques en Afrique de l’Est
Le déploiement d’une grande raffinerie en Afrique de l’Est implique de surmonter un paysage commercial fragmenté et des défis politiques transfrontaliers. Les analystes soulignent la nécessité de cadres réglementaires stables, d’infrastructures portuaires et routières adaptées, ainsi que de procédures douanières harmonisées pour assurer la viabilité d’un tel investissement. La coordination entre plusieurs États, la sécurisation des approvisionnements en brut et la gestion des incitations fiscales sont autant de facteurs qui décideront de la réussite d’un projet privé d’envergure comme celui proposé par Dangote.
Projets complémentaires et dynamique du raffinage africain
D’autres initiatives sur le continent évoluent parallèlement : de petits projets nationaux et des raffineries régionales commencent à fournir des marchés locaux, et certains pays préparent des installations alimentées par des oléoducs régionaux. Un projet gouvernemental en Ouganda vise, par exemple, une production d’environ 60 000 b/j en 2029, raccordée à un oléoduc vers la côte tanzanienne. Par ailleurs, des raffineries de plus petite taille, comme une nouvelle installation en Angola de 30 000 b/j, ont récemment commencé à expédier vers les marchés nationaux et extérieurs, renforçant la tendance à une plus grande autonomie énergétique intra-africaine.
Si le projet de raffinerie en Afrique de l’Est aboutit, il pourrait modifier durablement les flux commerciaux du pétrole sur le continent, accroître la concurrence et favoriser l’industrialisation régionale. Toutefois, la réalisation dépendra autant de la capacité d’investissement du secteur privé que des décisions politiques et des améliorations infrastructurelles que les États de la région accepteront de mettre en œuvre. Les prochaines décisions portuaires et les garanties réglementaires offertes par Nairobi et Dodoma seront déterminantes pour transformer cette ambition en projet concret.