Démolitions à Bongora en Assam 400 familles musulmanes autochtones Goriya privées de logement
Assam : démolitions à Bongora le 14 mars laissent 400 familles sans abri
À Bongora, la démolition du 14 mars a rasé des maisons sur 177 hectares, privant 400 familles de logement et ravivant les tensions croissantes en Assam.
Le 14 mars, une opération de grande ampleur a transformé des quartiers résidentiels de Bongora, à la périphérie de Guwahati, en champs de décombres. En l’espace de quatre heures, plus de trois douzaines de bulldozers ont détruit des habitations sur 177 hectares de terre décrétée « protégée » par les autorités de l’État. L’opération a laissé environ 400 familles sans toit et contraint de nombreuses personnes à s’abriter dans des cabanes de fortune.
Démolitions à Bongora le 14 mars
Sur le terrain, les habitants décrivent une action rapide et implacable. Parmi eux, Akram Ali, 50 ans, a vu disparaître sa maison familiale de quatre pièces, bâtie il y a plus de 45 ans. « Maintenant, ce ne sont que des décombres », a-t-il dit en observant les restes de son logement. Des vidéos et des témoignages montrent des familles en larmes et des biens personnels ensevelis sous les gravats, tandis que des tentes et des bâches servent de villages provisoires à proximité.
Impact humain et pertes matérielles
Les destructions affectent tant le logement que les moyens de subsistance. Les terres visées étaient utilisées par des dizaines de ménages pour l’habitation et l’agriculture locale. Plusieurs personnes ont perdu tous leurs documents administratifs et objets de valeur, compliquant l’accès aux aides et aux recours administratifs. Les autorités locales n’ont pas annoncé de relogement immédiat pour les familles évacuées, ce qui expose les déplacés à des risques sanitaires et économiques accrus.
Communautés Goriyas : identité et reconnaissance
Les familles frappées comprennent des membres de la communauté Goriya, un groupe musulman de langue assamaise installé de longue date dans la région. Les Goriyas font partie des cinq sous-groupes musulmans autochtones de l’État reconnus officiellement en 2022 : Goriya, Moriya, Syed, Deshi et Julha. Cette reconnaissance avait offert un sentiment de sécurité identitaire face aux catégories de musulmans de langue bengalie, souvent qualifiés d’« étrangers » depuis des décennies.
Contexte électoral et stratégie politique
L’Assam, où les musulmans représentent plus d’un tiers de la population selon le recensement de 2011, a vu la politique des autorités se durcir envers certains groupes. Le gouvernement de l’État, dirigé par le Bharatiya Janata Party (BJP), a multiplié les opérations ciblant des personnes présentées comme « migrants » ou occupant des terres dites gouvernementales. À l’approche des élections législatives de mars 2026, les responsables politiques ont cherché à distinguer les musulmans « autochtones » des musulmans de langue bengalie, cherchant à maintenir ou à élargir un soutien local tout en poursuivant des actions d’application contre d’autres groupes.
Changements toponymiques et mémoire culturelle
Les tensions se manifestent aussi sur le terrain culturel et institutionnel. Des décisions récentes ont modifié des noms d’établissements publics et suscité des débats sur la commémoration de figures historiques liées à la communauté musulmane assamaise. Des propositions et déclarations politiques visant à réexaminer certaines commémorations historiques ont été perçues par des associations locales comme une érosion progressive d’un héritage culturel qui, jusque-là, formait un trait distinctif de la société assamaise.
Conséquences électorales et analyses locales
Des analystes et responsables associatifs affirment que la distinction politique entreprise par le BJP répond à des calculs électoraux : dans certaines circonscriptions, la communauté musulmane autochtone représente une part décisive des électeurs. Par exemple, dans la circonscription de Nalbari, plus de 25 % des électeurs appartiendraient à cette communauté sur un total d’environ 195 100 électeurs, et à Barkhetri environ 80 000 électeurs sur 217 028. Dans le Haut Assam, les musulmans assamais peuvent déterminer l’issue de sept à huit sièges. Certains observateurs estiment que l’atténuation du discours communautaire dans ces zones répond à une stratégie ciblée plutôt qu’à un changement général de politique.
Les associations de défense des droits craignent que les opérations de démolition et les révisions administratives de listes électorales n’aillent au-delà de l’application du droit foncier pour viser des groupes en raison de leur appartenance religieuse. D’autres voix au sein des communautés autochtones soulignent qu’une reconnaissance formelle ne garantit ni sécurité foncière ni protection contre des actions administratives menées sans plan de relogement.
Pour les familles déplacées à Bongora, l’avenir immédiat demeure incertain. Certains habitants affirment avoir été traités comme s’ils n’avaient aucune légitimité à vivre sur les terres qu’ils occupaient depuis des générations. D’autres craignent que la disparition progressive de lieux symboliques et de noms représentants leur histoire n’affaiblisse davantage leur ancrage culturel.
Akram Ali, désormais installé sous une bâche à quelques kilomètres de son ancien domicile, résume le sentiment d’abandon ressenti par plusieurs habitants : « Après notre expulsion, ils ont dit que nous étions des immigrants. Ils ont démoli nos maisons ; nous sommes maintenant les nouveaux miyas. »