Diaspora zimbabwéenne stimule investissements immobiliers et agricoles grâce à deux créateurs de contenu
Zimbabwe: deux créateurs de contenu poussent la diaspora à investir dans l’immobilier et l’agriculture
Deux jeunes créateurs zimbabwéens incitent la diaspora à investir dans l’immobilier et l’agriculture, remodelant décisions de retour, remises et tendances du marché national.
Une vague d’investissements venus de la diaspora zimbabwéenne prend de l’ampleur, portée en grande partie par le contenu publié sur les réseaux sociaux par deux jeunes créateurs de contenu. Kundai Chitima, 31 ans, et Kelvin Birioti, 20 ans, ont bâti des communautés en ligne qui présentent des visites de propriétés, des conseils agricoles et des analyses de marché. Leur présence numérique influence des choix concrets : certains membres de la diaspora réévaluent leur intention de visiter, d’investir ou de revenir s’installer au Zimbabwe. Les témoignages recueillis montrent un glissement des récits officiels vers des récits de terrain diffusés via des vidéos courtes et des publications ciblées.
Deux créateurs à l’origine d’un mouvement
Kundai Chitima et Kelvin Birioti se sont imposés comme des voix visibles sur YouTube et Instagram, en ciblant spécifiquement la diaspora zimbabwéenne. Birioti, originaire de Chinhoyi et passé par l’université avant d’abandonner pour raisons financières, s’est installé à Harare et a choisi de documenter l’immobilier et les projets ruraux plutôt que de produire du contenu de divertissement. Il dit avoir identifié une “lacune” d’information et s’efforce d’exposer les réalités du terrain, parfois en accompagnant des investisseurs de la diaspora lors de visites. Chitima, de son côté, est rentré au Zimbabwe en 2015 après une expérience d’enseignement en Afrique du Sud; il a mis ses compétences en communication au service d’une plateforme éducative destinée à protéger et informer la diaspora.
Témoignages de retours et d’investissements effectifs
Plusieurs récits personnels illustrent l’impact concret de ce type de contenu. Catherine Mutisi, comptable ayant vécu 17 ans au Royaume‑Uni, avait déjà investi au Zimbabwe (construction de deux maisons, achat d’un terrain et création d’une petite entreprise). Elle explique que la fréquence et le ton du contenu visionné pendant des travaux de construction l’ont progressivement convaincue de passer d’un statut d’investisseuse à celui d’installée permanente. D’autres membres de la diaspora font état d’un basculement similaire : de simples visites ponctuelles laissent place à des projets de vie ou à des investissements plus systématiques, motivés par une perception actualisée des opportunités locales.
Contexte économique: chômage élevé et pressions migratoires
La dynamique d’investissement se déroule dans un contexte économique tendu. Le taux de chômage, mesuré selon des définitions strictes, était de 21,8 % au troisième trimestre 2024, tandis que l’emploi informel touche une large majorité de travailleurs. Le chômage des jeunes est particulièrement aigu, avec des estimations élevées en 2025. Pour beaucoup, l’absence d’emplois formels stables et la succession d’emplois précaires alimentent la double logique du départ et de l’investissement depuis l’étranger : quitter le pays pour chercher des opportunités, ou mobiliser des fonds à l’étranger pour construire des actifs au pays.
Effets observés sur l’immobilier et l’agriculture
Les professionnels de l’immobilier notent une montée de la demande de la part de la diaspora. Dans certaines ventes résidentielles haut de gamme, jusqu’à la moitié des acheteurs seraient des Zimbabwéens vivant à l’étranger; dans plusieurs régions, les prix des terrains ont connu des hausses annuelles comprises entre 20 et 30 %. Le secteur agricole montre également des signes d’activité : une part notable des nouveaux baux agricoles concerne des investisseurs de la diaspora, particulièrement dans les provinces du Mashonaland Central et du Matabeleland. Les envois de fonds ont par ailleurs augmenté ces dernières années, contribuant à financer des acquisitions foncières, des constructions et des petites entreprises.
Limites et inquiétudes freinant le retour physique
Malgré l’augmentation des flux d’investissement, la perspective d’un retour physique reste contrastée. Des inquiétudes persistent autour de la stabilité politique, de la gouvernance et des épisodes de contestation qui ont marqué l’espace public. Beaucoup de membres de la diaspora continuent de préférer maintenir des liens financiers et patrimoniaux plutôt que de s’engager dans un retour permanent. Le discours en ligne, même s’il ouvre des horizons, ne dissipe pas entièrement les risques perçus : arnaques foncières, incertitudes administratives et volatilité économique demeurent des freins pour une part significative des expatriés.
Perspectives et rôle des plateformes numériques
Les créateurs comme Chitima et Birioti modifient la façon dont l’information circule entre pays d’accueil et pays d’origine: images de projets réussis, conseils pratiques, mise en relation avec des acteurs locaux. Leur action souligne l’importance d’une information vérifiable et du conseil professionnel pour sécuriser les investissements. Parallèlement, l’engouement pour les contenus de terrain pousse les acteurs économiques traditionnels à prendre en compte des acheteurs éloignés géographiquement mais présents numériquement. À court terme, l’évolution dépendra de la capacité des investisseurs à effectuer des vérifications rigoureuses, et de l’environnement macroéconomique qui conditionnera la viabilité des projets.
La montée en puissance de ces voix numériques montre que la relation entre le Zimbabwe et sa diaspora évolue: elle est désormais nourrie autant par des facteurs affectifs que par des considérations économiques, et la frontière entre investissement financier et projet de vie s’estompe pour certains, alors que d’autres préfèrent garder une distance prudente.