Eau dessalée au Maroc sauve les tomates du Souss‑Massa mais renchérit les coûts
Un raccordement au dessalement transforme une exploitation de tomates dans le Souss‑Massa
Un agriculteur du Souss‑Massa raccorde sa ferme à la station de dessalement de Douria : sécurité hydrique renforcée, coût élevé et défis pour la filière tomate.
La vie d’une exploitation de tomates du Souss‑Massa a changé après l’installation d’un raccordement qui relie la parcelle à la côte : une manivelle rouge et un tuyau d’une dizaine de centimètres de diamètre apportent désormais de l’eau dessalée à la ferme, située à une quinzaine de kilomètres de la station de Douria. Ce dispositif, simple dans sa présentation, offre une alimentation supplémentaire qui a permis d’atténuer les risques liés à l’épuisement des ressources souterraines et aux restrictions de pompage fréquentes durant la saison chaude.
Raccordement direct à la station de Douria
Le raccord, réalisé par l’exploitant, établit un lien physique entre l’exploitation et l’infrastructure côtière de dessalement. La conduite apporte de l’eau traitée jusqu’aux parcelles de tomates, avec un débit et des limites d’utilisation définis localement. Ce nouveau point d’alimentation vise à sécuriser les apports en période critique et à réduire la dépendance exclusive au seul puits profond qui a longtemps servi la ferme.
Dépendance au puits profond et épuisement de la nappe
Avant le raccordement, la ferme s’appuyait sur un puits foré à 150 mètres de profondeur. Les prélèvements intensifs et la baisse continue du niveau phréatique ont rendu cette ressource de plus en plus précaire. Les exploitants observent une baisse significative du niveau de la nappe, qui fragilise les cultures et conduit à des restrictions de pompage lors des épisodes de chaleur. Ces contraintes ont retardé les calendriers culturaux et augmenté l’incertitude pour la saison.
Quantités distribuées et limites d’usage
L’approvisionnement en eau dessalée est soumis à un plafond d’utilisation : la quantité allouée est de 3 500 mètres cubes par hectare et par an, ce qui correspond à environ la moitié des besoins nécessaires pour un hectare de tomates en pleine production. Cette allocation supplémentaire complète les ressources existantes mais ne suffit pas à couvrir l’intégralité des besoins, obligeant certains producteurs à maintenir des pratiques de rationnement ou à diversifier leurs cultures.
Coûts réels et tarification pour les agriculteurs
L’accès à l’eau dessalée a un coût notable pour les exploitants. Le tarif facturé localement est de 5,60 dirhams le mètre cube pour l’usage agricole, contre 1,50 dirham pour l’eau issue des barrages, une différence importante malgré les mécanismes d’aide existants. En outre, le coût de production réel de l’eau dessalée est sensiblement plus élevé — des estimations locales le situent autour de 10,20 dirhams par mètre cube — ce qui pose des questions de soutenabilité financière à moyen terme pour les exploitations familiales et pour la planification publique.
Capacité de la station de Chtouka Aït Baha et couverture territoriale
Par ailleurs, une autre installation de dessalement, mise en service en 2022 dans la région, fournit des volumes significatifs : environ 125 000 mètres cubes par jour destinés à l’irrigation et 150 000 mètres cubes par jour pour l’alimentation en eau potable des zones urbaines proches. Le réseau issu de cette station dessert quelque 15 000 hectares de terres agricoles, dans une zone clé pour les exportations de légumes, notamment de tomates. Ces infrastructures modifient l’équilibre hydrique régional mais déplacent aussi les questions vers la gestion financière et la planification agricole.
Après plusieurs années de difficultés liées au manque d’eau, le jeune exploitant, diplômé en agronomie, voit dans cet apport dessalé une possibilité d’envisager l’extension de l’exploitation familiale. La sécurité hydrique relative permet de réfléchir à des investissements et à un redimensionnement des surfaces cultivées, mais le surcoût de la ressource demeure un frein pour de nombreux producteurs. La campagne de tomates d’automne 2026 a par ailleurs connu un démarrage retardé dans la région, illustrant la sensibilité des filières aux aléas d’approvisionnement. Enfin, si le dessalement offre une solution technique pour pallier le déficit en eau, son intégration durable dépendra de choix économiques, de politiques tarifaires et d’une gestion coordonnée des ressources pour préserver à la fois l’activité agricole et les nappes souterraines.