Église jésuite de Beyrouth devenue refuge surpeuplé pour soudanais et sud-soudanais déplacés
Beyrouth : une église jésuite transformée en refuge pour migrants soudanais
À Beyrouth, une église jésuite sert de refuge à des migrants soudanais déplacés : surpeuplement, besoins médicaux et tensions dans l’attente d’une aide durable.
Fondée en 1875 sur le modèle d’une chapelle lyonnaise, une église jésuite de Beyrouth est devenue, depuis le déclenchement des récents affrontements, un refuge d’urgence pour des centaines de migrants soudanais et sud-soudanais. Initialement conçue comme chapelle universitaire, elle se dresse aujourd’hui au cœur d’un quartier mêlant résidences aisées et travailleurs migrants. Sous la direction du père Michael, la paroisse a ouvert ses portes et ses espaces pour accueillir des familles qui ont fui la guerre, mais la capacité et les ressources sont désormais saturées, transformant l’accueil en crise humanitaire locale.
Un bâtiment historique au service de l’urgence
La façade en pierre pâle et l’architecture héritée du XIXe siècle contrastent fortement avec l’usage actuel des lieux. Le parking, qui autrefois servait de terrain de loisirs dominical, est maintenant couvert de matelas et de vêtements suspendus. L’église, conçue pour une centaine de fidèles, a rapidement atteint et dépassé sa capacité d’accueil : 250 personnes ont été enregistrées dès le deuxième jour du conflit, et plus d’une centaine de personnes ont dû être refoulées faute d’espace.
Conditions de vie et tensions internes
Les conditions à l’intérieur sont marquées par le surpeuplement et l’incertitude. Des rangées de matelas, des chaises en plastique et des bacs de linge constituent l’essentiel du mobilier. Les familles, dont de jeunes enfants, vivent dans un espace où l’intimité est quasi inexistante. La promiscuité, le manque d’approvisionnement et la fatigue psychologique favorisent les frictions : disputes mineures et tensions latentes se multiplient, selon des récits des personnes hébergées. La santé mentale devient une préoccupation croissante face à des mois d’errance et à la perte de repères.
Accès aux soins et aide humanitaire ponctuelle
Les besoins sanitaires sont importants, notamment pour les femmes enceintes et les nourrissons. Une mère, Rufaida, a raconté les difficultés rencontrées pour obtenir des soins prénataux et pour faire accoucher son enfant dans de bonnes conditions : après plusieurs heures d’attente et des obstacles administratifs, l’intervention d’un travailleur d’une structure d’aide a permis la prise en charge complète, y compris une césarienne et les vaccinations du nouveau-né. Des opérations coordonnées entre l’église et des partenaires ont permis de couvrir certains frais, mais ces solutions restent temporaires et insuffisantes face au flux continu d’arrivées.
Profils des personnes déplacées et chiffres récents
Parmi les personnes présentes figurent des migrants arrivés au Liban pour le travail, des titulaires de visas touristiques et des réfugiés enregistrés. Des données publiées en août 2025 indiquent qu’environ 164 097 migrants vivaient au Liban, dont 14 854 ressortissants soudanais. Ces chiffres illustrent que le Liban abrite une part limitée mais significative des Soudanais déplacés, qui eux-mêmes font partie des millions ayant fui la guerre civile dans leur pays depuis avril 2023. Pour beaucoup, l’obtention d’une carte d’enregistrement reste un enjeu majeur : elle offre une protection relative contre la détention et l’expulsion et ouvre l’accès à certaines aides et services lorsque ceux-ci existent.
Impact du système d’emploi et vulnérabilité accrue
La structure du marché du travail et les mécanismes de parrainage liés à l’emploi augmentent la vulnérabilité des migrants. Le lien entre résidence et employeur peut limiter la mobilité et l’accès aux droits, et expose certains travailleurs à des conditions comparables à de l’exploitation. Cette fragilité administrative se répercute sur la capacité des familles à se stabiliser et à accéder aux soins, au logement et à une alimentation suffisante. Les témoignages soulignent des carences nutritionnelles, en particulier pour les femmes enceintes et les jeunes enfants, ainsi qu’un besoin urgent de protéines et de légumes frais.
Les responsables de la paroisse et les associations locales font face à une contrainte de moyens qui met en évidence la nécessité d’une réponse mieux coordonnée et plus soutenue. L’église, qui a longtemps été un lieu de loisirs et de convivialité pour les communautés indiennes et pakistanaises, illustre aujourd’hui la transformation d’un espace religieux en point de transit humanitaire, avec toutes les difficultés que cela comporte.
La situation reste fluide et dépendra de la capacité des acteurs locaux et internationaux à augmenter les ressources, à faciliter l’accès aux services de santé et à proposer des solutions d’hébergement plus durables pour des familles qui cherchent à retrouver stabilité et sécurité.