Épidémie de VIH à l’hôpital KBV de Karachi: plus de 130 enfants séropositifs
Karachi : plus de 130 cas de VIH, majoritairement d’enfants, liés à un hôpital public, selon les autorités
Karachi enregistre plus de 130 cas de VIH, surtout chez des enfants, après des enquêtes révélant des manquements graves aux protocoles d’hygiène et de sécurité dans un hôpital public.
Depuis la révélation d’un foyer d’infections dans l’hôpital Kulsum Bai Valika (KBV) de Karachi, les autorités provinciales du Sindh ont confirmé que plus de 130 personnes — majoritairement des enfants — ont été testées séropositives. Les enquêtes internes, dont l’une a été soumise le 19 juin 2026, pointent des défaillances dans la prévention des infections, une mauvaise manipulation des dispositifs à usage unique et un usage insuffisant d’équipements de protection. Le nombre total de personnes dépistées dépasse 10 500 dans et autour de l’établissement, selon les bilans communiqués par le ministère provincial.
Évolution des cas et chronologie des événements
Les premiers signes d’un problème ont été observés dès octobre 2025, avec les six premiers cas signalés au département provincial de la santé. La situation a attiré l’attention publique en novembre 2025 lorsque des clusters d’enfants infectés ont été identifiés dans la zone industrielle de SITE à Karachi. Les enquêtes successives ont ensuite documenté une progression : une première enquête en novembre 2025 a recensé 16 enfants séropositifs, puis une étude plus approfondie, déposée au médiateur provincial le 19 juin 2026, a confirmé 78 infections et six décès. Au 14 juillet 2026, les autorités ont indiqué que le bilan s’élevait à au moins 130 cas, incluant dix autres identifiés dans une autre installation gérée par la même institution provinciale.
Conclusions des inspections internes
Les rapports transmis aux responsables provinciaux ont mis en lumière des lacunes administratives et opérationnelles. Les principales défaillances relevées comprennent le non-respect des protocoles de prévention des infections, la mauvaise manipulation des seringues à usage unique et une utilisation inadéquate des équipements de protection individuelle par le personnel. Le chef du gouvernement provincial a été informé des conclusions le 14 juillet 2026. Le 3 juillet 2026, trente-sept médecins et membres du personnel ont reçu des avis de justification et disposaient de 14 jours pour répondre. Les autorités ont annoncé la perspective de poursuites pénales et de licenciements pour les responsables identifiés.
Question des seringues et pratiques médicales
Les responsables ont nié que la réutilisation de seringues classiques soit la cause directe, arguant que l’hôpital utilisait des seringues autobloquantes conçues pour empêcher la réutilisation. Toutefois, les enquêtes officielles relèvent des erreurs de manipulation et des failles dans la gestion des dispositifs. Des experts interrogés dans le cadre des investigations ont rappelé que des pratiques d’injection à risque sont enracinées dans le système de santé et que l’absence d’une surveillance systématique complique l’évaluation précise de l’origine des infections — qu’elles proviennent d’actes médicaux, de transmission mère-enfant, de relations sexuelles ou d’usage de drogues injectables.
Antécédents et ampleur nationale
Le foyer de Karachi s’inscrit dans une série d’épidémies similaires dans la province du Sindh au cours des dernières années. Les chiffres disponibles montrent une augmentation des infections pédiatriques et des épisodes liés à des pratiques médicales dangereuses. Des hôpitaux de la ville ont déjà rapporté une hausse des admissions pédiatriques séropositives, certaines unités passant de quelques dizaines de cas annuels à des chiffres nettement supérieurs. Les autorités sanitaires reconnaissent que la surveillance nationale reste insuffisante pour quantifier précisément la part des infections attribuables aux établissements de soins versus d’autres modes de transmission.
Mesures prises par les autorités et réactions
Face à la crise, le gouvernement fédéral a ordonné le 3 juillet 2026 une interdiction nationale des seringues de qualité inférieure, et la réglementation prévoit l’interdiction de la vente au détail de seringues réutilisables classiques à partir de janvier 2027, au profit de seringues autobloquantes. Le ministre fédéral de la Santé a annoncé l’obligation de dépistage du VIH avant toute intervention chirurgicale. Le gouvernement provincial du Sindh a approuvé un fonds de dotation de 2 milliards de roupies pour la prise en charge à long terme des enfants infectés, la création d’une salle d’isolement et un audit indépendant des systèmes d’approvisionnement et de contrôle des infections de l’hôpital KBV. Parallèlement, la Haute Cour du Sindh a fixé un délai au gouvernement provincial jusqu’au 20 juillet 2026 pour répondre à une requête alléguant des violations des règles régissant l’élimination et la gestion des seringues.
Les responsables sanitaires locaux et nationaux ont indiqué vouloir renforcer la réglementation et les contrôles, mais des observateurs et des spécialistes s’inquiètent de la difficulté à superviser le vaste secteur privé — qui assure une part importante des soins — et de la persistance d’une culture des injections à risque parmi les patients et les praticiens.
La découverte d’un flux continu de nouveaux cas dans plusieurs établissements de Karachi met en évidence la nécessité d’une réponse coordonnée, d’une surveillance renforcée et d’une politique durable de prévention des infections pour empêcher la répétition de tels foyers et protéger les populations les plus vulnérables.