Épidémie d’Ebola en RDC menace les camps de déplacés après 232 morts
Épidémie d’Ebola en RDC : plus de 200 morts, hôpitaux sous pression et camps de déplacés en danger
La réduction des financements et le manque d’assainissement aggravent le risque de propagation du virus Ebola Bundibugyo au sein des camps de déplacés; les autorités sanitaires alertent sur une situation qui évolue rapidement.
Bilan humain et trajectoire de l’épidémie
Dix-sept médecins ont succombé au virus Ebola en République démocratique du Congo, alors que le bilan global dépasse désormais 232 morts et 896 cas confirmés recensés dans 31 zones de santé. Les autorités ont officiellement déclaré l’épidémie le 15 mai ; les responsables sanitaires prévoient que la courbe des cas n’a pas encore atteint son pic. La souche identifiée, Ebola Bundibugyo, est considérée comme relativement rare et, selon les équipes sur place, aurait circulé plusieurs mois avant la détection officielle, retardant la mise en place des mesures de protection pour les personnels de santé et les communautés.
Professionnels de santé touchés et épuisement du système
Le système de santé congolais, déjà fragilisé par des années de conflits et un sous-financement chronique, paie un lourd tribut : 75 professionnels de santé sont tombés malades depuis le début de l’épidémie. Le ratio professionnel de santé par habitant en RDC reste l’un des plus faibles au monde, avec environ 11 agents pour 10 000 habitants, ce qui limite la capacité de réponse. Le personnel médical fait état d’un manque d’équipements de protection de base — gants, masques, blouses — et de ressources psychologiques pour faire face au traumatisme d’avoir vu des collègues infectés et mourir.
Propagation et inquiétude dans les camps de déplacés
Les camps de déplacés constituent un foyer d’alarme majeur. À Kigonze, dans la province de l’Ituri, au moins 30 personnes sont mortes depuis début mai dans un camp qui abrite plus de 15 000 personnes. Les responsables du camp et des organisations humanitaires signalent un taux de mortalité « sans précédent » et une forte résistance aux tests, ce qui a retardé la confirmation des causes des décès. Les symptômes observés par des témoins — maux de tête, fièvre, vomissements — sont compatibles avec Ebola et renforcent les craintes d’une propagation incontrôlée parmi les plus de cinq millions de personnes déplacées dans l’est du pays. La densité, les conditions sanitaires dégradées et la méfiance envers les interventions médicales compliquent les opérations de dépistage et d’isolement.
Réponse internationale et renforts sur place
Face à l’ampleur de la crise, des appuis internationaux commencent à arriver : des équipes médicales en provenance de pays étrangers ont été déployées pour soutenir la riposte et l’OMS renforce son assistance technique et psychologique aux équipes locales. L’Union africaine a réuni des engagements financiers importants, proches d’un milliard de dollars, pour appuyer la zone touchée et les pays voisins — l’Ouganda ayant déjà confirmé 19 cas et deux décès. Malgré ces appuis, les spécialistes pointent la nécessité d’un déploiement rapide et coordonné pour éviter une aggravation, notamment au sein des camps où la mise en place d’infrastructures de prise en charge et d’isolement est urgente.
Financements, assainissement et conséquences pour la prévention
Les réductions de financement des programmes d’eau, d’hygiène et d’assainissement (WASH) accroissent la vulnérabilité des populations. Les données disponibles indiquent une chute du financement des installations sanitaires en RDC, avec un budget tombé à environ 38 millions de dollars entre 2024 et 2025. L’appel humanitaire de l’année en cours — chiffré à 80 millions de dollars — n’est financé qu’à 21 %, privant les interventions de ressources essentielles pour l’acheminement d’eau potable, la construction ou la réparation de latrines et l’installation de stations de lavage des mains. Or ces mesures restent centrales pour limiter la transmission d’un virus propagé par les fluides corporels.
Les autorités locales et les acteurs humanitaires insistent sur la nécessité de restaurer la confiance des communautés, d’accélérer la distribution d’équipements de protection et d’intensifier les campagnes d’information pour encourager le dépistage et l’acceptation des mesures de sécurité. Sans ces actions coordonnées et un financement accru, le risque d’une diffusion plus large — au sein des camps et vers d’autres zones vulnérables — demeure élevé.