Erfoud, oasis du Maroc, confrontée à un marché informel de fossiles en plein essor
La richesse fossile du Maroc sous menace de pillage
Les fossiles marins du Maroc attirent 110 000 touristes par an, mais un marché noir se développe.
La petite oasis d’Erfoud, située aux portes du Sahara, est devenue un centre névralgique pour les passionnés de paléontologie. Avec ses 30 000 habitants, la ville accueille chaque année environ 110 000 touristes, attirés par la découverte de ses musées privés. Ces établissements offrent la possibilité d’acquérir des pièces uniques telles que des ammonites, des trilobites ou encore des dents de spinosaure, dont les prix varient entre 23 et 3 690 euros. Cette affluence de visiteurs est alimentée par la promesse d’une « authenticité garantie » pour les acheteurs.
Un passé fossile riche
L’abondance de fossiles dans cette région du Maroc peut s’expliquer par son histoire géologique. Autrefois entièrement recouverte par la mer, le Maroc se trouve à la jonction des deux continents africain et américain. Nour Eddine Jalil, chercheuse au Muséum national d’histoire naturelle, souligne que « la terre marocaine offre une partie de son histoire à celui qui sait la lire ». Une telle richesse attire l’attention des chercheurs et des passionnés, mais soulève également des préoccupations sur la conservation de ce patrimoine.
Le marché informel en forte expansion
Cependant, cette passion pour les fossiles a également donné naissance à un marché informel en plein essor. Des objets d’une grande valeur historique quittent le pays clandestinement. En 2017, un squelette de plésiosaure a été mis aux enchères à Paris, et récemment, une soixantaine de spécimens ont été interceptés à Sète en janvier dernier. Patrick Auguste, paléontologue à l’université de Lille, constate que « plus de la moitié des fossiles saisis en France chaque année proviennent du Maroc ». Cette situation préoccupe les chercheurs, qui craignent pour la préservation de ce patrimoine unique.
La face cachée d’Erfoud
Loin des vitrines touristiques, une économie souterraine s’organise dans la zone industrielle d’Erfoud. Des artisans s’emploient à préparer des os de dinosaures et des mâchoires de vertébrés destinés à un marché clandestin. Un préparateur local, Aziz, révèle qu’il vend ces pièces rares en ligne, principalement vers la Chine ou les États-Unis. « Ce sont des pièces qui peuvent valoir jusqu’à 1 500 euros », précise-t-il, tout en ajoutant qu’elles voyagent souvent dissimulées dans des valises.
Des mesures législatives face au pillage
Pour contrer ce pillage organisé, les autorités marocaines ont procédé à un renforcement de la législation en 2015 et 2025. L’exportation d’os et de dents a été strictement prohibée. Nour Eddine Jalil met en garde : « Les fossiles du Maroc sont épuisables ». Néanmoins, pour encadrer et promouvoir ce secteur prometteur, une cinquantaine d’entreprises ont désormais obtenu des autorisations officielles d’exportation. Parallèlement, l’État a lancé un appel d’offres pour créer un parc pédagogique dans la province d’Azilal, afin de sensibiliser le public à la préservation des richesses fossiles du pays.
L’avenir des fossiles marocains en question
La situation des fossiles marocains est donc précaire. Si l’engouement continue d’attirer des touristes et des chercheurs, le danger du marché noir reste omniprésent. La préservation de ce patrimoine géologique unique nécessite une vigilance accrue, à la fois de la part des autorités et de la communauté internationale. Des efforts concertés sont indispensables pour assurer que ces vestiges, témoins d’une époque révolue, demeurent en sécurité pour les générations futures.