Érythrée saisit le Conseil de sécurité après la déclaration de guerre de l’Éthiopie
L’Érythrée réclame au Conseil de sécurité des mesures après une « déclaration de guerre » de l’Éthiopie autour du Tigré
L’Érythrée a demandé au Conseil de sécurité des mesures après la « déclaration de guerre » de l’Éthiopie sur le Tigré, aggravant les risques d’escalade.
L’Érythrée a officiellement saisi les Nations unies pour demander des « mesures dissuasives » après ce qu’elle qualifie de « déclaration de guerre » de l’Éthiopie dans le conflit portant sur la région du Tigré. La démarche, formulée dans une lettre adressée au Conseil de sécurité le 10 octobre 2026, survient un jour après une missive d’Addis-Abeba accusant Asmara d’avoir lancé une « invasion totale » et d’avoir fait pénétrer des troupes jusqu’à soixante kilomètres à l’intérieur du Tigré. Les deux capitales échangent depuis plusieurs jours des accusations réciproques qui font craindre une extension du conflit.
Demandes formelles aux Nations Unies
Le ministre érythréen des Affaires étrangères a appelé le Conseil de sécurité à intervenir en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations unies, évoquant la possibilité de sanctions ou d’autres mesures « dissuasives ». Dans sa lettre du 10 octobre 2026, Osman Saleh a qualifié les allégations d’Addis-Abeba de tentative de justifier une agression et a demandé une condamnation formelle de ce qu’il a décrit comme la « déclaration de guerre » éthiopienne. L’Érythrée avertit que toute escalade causerait d’importants dégâts humains et déstabiliserait la région.
Accusations croisées et droit de légitime défense
De son côté, le gouvernement éthiopien a accusé l’Érythrée d’« acte d’agression flagrant » et a invoqué le droit à la légitime défense au titre de l’article 51 de la Charte des Nations unies. Le ministre éthiopien des Affaires étrangères a affirmé que l’Érythrée soutenait militairement les rebelles du Front populaire de libération du Tigré (TPLF), sans pour autant détailler les mesures défensives envisagées par Addis-Abeba. Les documents échangés auprès du Conseil reflètent une montée des postures diplomatiques visant à obtenir un appui ou une tolérance internationale pour des actions futures.
Opérations militaires et mouvements sur le terrain
Les autorités éthiopiennes ont déclaré avoir repris la capitale régionale, Mekelle, et avoir repoussé des éléments du TPLF au cours de la semaine précédant la saisine de l’ONU. Elles signalent avoir mené des frappes, notamment par drones, visant des forces érythréennes présentes dans la zone. Selon Addis-Abeba, des troupes érythréennes auraient pénétré profondément dans le Tigré ; Asmara nie tout acte d’agression systématique et qualifie les allégations d’« infondées » et de « tentatives trompeuses ». En septembre 2026, une alliance de sept groupes armés a lancé des attaques contre les forces fédérales, cherchant à renverser le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed, ce qui a intensifié les manœuvres militaires dans le nord du pays.
Risques régionaux et analyses d’experts
Des analystes de la Corne de l’Afrique estiment que les deux États se dirigent vers une phase plus ouverte du conflit si les tensions diplomatiques ne sont pas rapidement désamorcées. Des observateurs soulignent que les communications officielles aux Nations unies servent autant à mobiliser le soutien international qu’à préparer des postures militaires. Le risque immédiat est une contagion du conflit avec des flux de réfugiés, des perturbations commerciales et une implication plus large d’acteurs régionaux inquiets pour leurs propres intérêts sécuritaires.
Contexte historique et enjeux maritimes
Le contentieux entre l’Érythrée et l’Éthiopie s’enracine dans une histoire complexe : l’Érythrée a obtenu son indépendance en 1993, puis les deux pays ont connu une guerre frontalière meurtrière de 1998 à 2000. Les relations s’étaient améliorées après l’arrivée au pouvoir d’Abiy Ahmed en 2018, mais se sont détériorées ces dernières années. Un point de tension récurrent est la demande éthiopienne d’accès à la mer Rouge : des responsables érythréens accusent Addis-Abeba de viser un accès souverain aux ports de la région, une revendication que certains familles politiques interprètent comme une menace à la souveraineté d’Asmara.
La multiplication des lettres et des accusations formelles place désormais le Conseil de sécurité devant des décisions potentiellement lourdes de conséquences. Les options diplomatiques et coercitives sont sur la table, tandis que la situation sur le terrain reste fluide et susceptible d’évoluer rapidement.